Discours de Gérard DORWLING-CARTER

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Co-président de l’association « Tous Créoles ! », Gérard DORWLING-CARTER a prononcé ce discours le 9 novembre 2007, lors de l’assemblée générale constitutive de l’association.

Chers Amis Martiniquais,

Mon émotion n’est pas moindre que celle de mon Président, aussi pour l’apaiser je vais vous raconter quelques anecdotes, souligner certains faits, mettre en exergue certaines raisons qui n’ont pas été évoquées par Roger De JAHAM, pour expliquer la raison d’être de l’entreprise « Tous Créoles ! »

J’espère que ce faisant, votre détermination à continuer et porter plus haut l’oeuvre aujourd’hui entreprise, s’affirme encore plus. Tout d’abord, nous savons pour certains que c’est au début de siècle passé que Békés et mulâtres s’étaient réunis aux Trois Ilets, à la Poterie pour procéder à une répartition des « pouvoirs » au sein de la société martiniquaise. Pour les premiers, l’industrie, la terre et la propriété des moyens de production et pour les seconds, les diplômes, les professions libérales quand leur statut acquis de haute lutte le leur permettrait. Ce n’est pas une telle chose que nous ferons aujourd’hui !

Pour sourire : quelle symbolique que nous nous rencontrions pour la première fois dans le cadre d’un aéroport, comme pour prendre notre envol pour une destination lointaine. Mais nous n’allons pas faire comme certains, aller chercher ailleurs le bonheur, l’apaisement qui n’ont pu être trouvés sur la terre natale, c’est ici que dorénavant nous allons persévérer pour faire de la Martinique une société apaisée. Je ne parle pas de suppression de la délinquance, de la terminaison des embouteillages, des tracas du quotidien et surtout de la modernité. Ni de la fin des querelles politiques, du débat amusant sur l’indépendance, l’autonomie ou la départementalisation. Mais de la souffrance que nous portons en cette communauté, comme une blessure qui ne doit pas cicatriser au risque de ne plus être « Nous mêmes » ! Un nous même qui devrait irrémédiablement être fait d’une division sociale entre ethnies, classes, catégories à mélanines différentes. Cela fait un peu plus de dix ans que Roger à qui je proposais de créer un « groupe » de Martiniquais pour oeuvrer dans le sens aujourd’hui entrepris me répondait : « Ainsi tu nous vois parlant des Békés – comme ne vivant pas au sein de la société martiniquaise, comme n’étant pas d’authentiques Martiniquais ? »

Ce à quoi je lui ai répondu que j’étais totalement conscient de la nature fondamentalement martiniquaise de la communauté békée, pour preuve : la formidable palette de café au lait, cheveux « sauvés » qui compose notre société, mais que je ne parlais pas de sortie nocturnes du maître, d’étreintes interdites (et plus souvent acceptées qu’on veut bien nous le faire croire), aux confins de la plantation. Mais de relations équilibrées, fraternelles et ouvertes, de Martiniquais ayant décidé d’accepter l’héritage légué par le passé, sans bénéfice d’inventaire pour avancer sur les chemins escarpés de notre futur commun. Je lui disais, sans trop y croire qu’il fallait que nos femmes se connaissent, que nos enfants jouent ensemble, que nos portes s’ouvrent les uns aux autres, dans des relations quotidiennes et banalisées. Et l’histoire s’est accélérée, cela a été tout d’abord l’ouverture historique que constitue la prise de position courageuse de plus de 400 békés sur le drame qu’a été l’esclavage, l’affirmation de principes humanistes essentiels à l’occasion de ce cent cinquantenaire de l’abolition de l’esclavage, l’ouverture officielle des portes de la plus grande famille békée à des Martiniquais, ce de façon publique et devenue depuis un rituel social. Dans le plus grand naturel et la plus grande simplicité. Parce que ce sont des Martiniquais qui reçoivent, échangent avec des Martiniquais toutes couleurs confondues dans cette grande maison de Frégate au François.

Des gestes forts, la remise d’une décoration à un membre éminent de la classe des mulâtres par le plus illustre des Békés. Je veux parler de Marcel OSENAT, notre frère-ami et de Bernard HAYOT, absent aujourd’hui parce que de l’autre côté de la planète.

Pour terminer, parce que je ne peux pas être plus long que mon Président, je dirait que notre ambition est immense ; Elle est de prouver que « Le Monde est antillais. » que notre île, pour paraphraser un intervenant réunionnais, à l’université d’été du MEDEF d’aoà»t 2006, est une sorte de résumé de la planète, plongeant les racines de sa population dans au moins trois continents et …mélangeant ses racines. » Ce qui me fait invoquer Glissant et sa société Rhizome, savoir racinaire, ( aux racine multiples ) mais aussi qui dit que nos souffrances, celles de la traite, de l’esclavage sont derrière nous : que cet « espace bleu » que nous devons créer doit être fait de bonheur et d’apaisement. Tout cela pour expliquer que les chantiers sont nombreux, le plus important étant :

– La création d’une « maison des/de l’identité Martiniquaise(s) » sous l’égide d’un comité scientifique et de toutes personnes compétentes qui aura aussi pour fonction d’être un lieu de recherche en plus de conservation pédagogique. – Un lieu pour « montrer » notre société : les Amis de Karisko associés à notre entreprise sauront nous faire découvrir par ce biais l’un des rhizomes “ le caraà¯be de notre identité. – Toutes les initiatives pour « concrétiser les idées et principes humanistes énoncés en 1998 par les signataires du « Manifeste Béké » à l’occasion de la commémoration du Cent cinquantenaire de l’abolition de l’esclavage », ne peuvent être d’ores et déjà inventoriées. – Mais ces qui sera possible sera de mener en synergie avec d’autres organisations, associations, instances, ou institutions tous les projets qui vont dans le sens de notre objectif. – Les études et recherches qui seront menées sur l’histoire de notre société martiniquaise pour permettre une compréhension la plus juste et humaniste que possible, notamment la période de l’esclavage auront notre aval, mieux notre soutien. – Les actions de l’association seront menées à l’égard de toute la communauté martiniquaise et notamment envers tous les jeunes à qui nous devrons transmettre les valeurs, la langue, et tout ce qui forge l’identité créole. Parce que nous affirmons résolument et sans complexes, nous, nègres, Békés, Chabins, Mulâtres, câpres, descendants d’Indiens, Chinois, orientaux et moyen-orientaux et tout humain de la terre qui a décidé de faire souche en cette terre de Martinique que nous sommes, que nous sommes : « Tous Créoles ! »

Gérard DORWLING-CARTER

Lamentin, le 09/11/2007

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