Création de « Tous Créoles ! » à Paris !

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Nathalie FANFANT (à gauche)

C’est à l’initiative enthousiaste de Nathalie FANFANT, jeune martiniquaise chef d’entreprise à Paris, qu’une section de notre association a été créée le 19 mai dernier dans la capitale.

La mairie du 1° arrondissement de Paris a l’habitude d’accueillir des Domiens dans ses augustes murs situés place du Louvre. En ce Mardi 19 mai 2009 à 18 heures, ils étaient venus, ils étaient tous là, originaires de tout l’outre-mer : Martiniquais, Guadeloupéens, Guyanais, Réunionnais, plus d’une centaine de Créoles s’étaient ainsi réunis dans l’imposante salle des mariages. Ils symbolisaient toute la richesse de la créolité : Noirs, Békés, Métis, Indiens, accompagnés de plusieurs amis et sympathisants métropolitains. Entrepreneurs, magistrats, artistes, fonctionnaires, cadres, ils représentaient également toute la diversité des Domiens de métropole.

Après les propos d’introduction de Roger de JAHAM, qui retraçait non sans émotion la genèse de l’association « Tous Créoles ! » à la Martinique en 2007, la présidente de la section parisienne, Nathalie FANFANT, prenait à son tour la parole pour présenter son Bureau constitué de six personnes, outre elle-même :

  • Grégory KROMWELL (chef-adjoint de cabinet ministériel), vice-président de la section
  • Dominique de LAGUIGNERAYE (cadre commercial), deuxième vice-président
  • Jim MICHEL-GABRIEL (avocat), porte-parole
  • Béatris COMPERE (attachée de communication à l’ACCDOM), secrétaire
  • Touali MONTREDON (conducteur de travaux à la RATP), secrétaire-adjoint
  • Laurent MONTJOLE (administrateur territorial), trésorier

Un Bureau très jeune et parfaitement équilibré, puisque la Réunion et la Guadeloupe y sont représentées, ainsi que toute la mosaïque ethnique créole.

Le micro était ensuite passé au nombreux public présent dans la salle, donnant lieu à un échange émaillé de prises de parole de grande qualité. Les interventions fortes et enthousiastes de Dédé SAINT-PRIX, de Manuela MARIE, de Jude SAHAÏ, de Jean-Michel MARTIAL, de Claude BEUZELIN, notamment, ainsi que celles de plusieurs autres participants, étaient chaleureusement applaudies.

Ces échanges permirent en particulier de préciser la notion du terme « créole », que notre association, bien entendu, ne souhaite plus voir cantonnée à celle donnée actuellement par les dictionnaires (à suivre).

Sous un soleil tropical mais avec une température bien parisienne, un cocktail antillais réunissait ensuite tout le monde sur la terrasse jouxtant la salle, permettant la poursuite animée et passionnée des échanges et le recueil de multiples adhésions.

A 20 heures passées, le « commandant » Grégory KROMWELL donnait militairement et dans la bonne humeur le signal du départ.


Ci-après le texte de l’allocution prononcée par Roger de JAHAM :

Mesdames et Messieurs, chers amis,

Si la création de l’association « Tous Créoles ! » à la Martinique avait été incontestablement un des moments forts de mon existence, aujourd’hui c’est avec une émotion intense et sincère que je contribue ici, avec vous, à la création de la section parisienne de « Tous Créoles ! ». Car aussi bien au Lamentin qu’à Paris, c’est la première fois qu’une association –c’est-à-dire un regroupement volontaire et organisé de femmes et d’hommes autour d’un projet commun- va se constituer pour débattre à haute voix de sujets que l’on a jusqu’ici soigneusement évité d’aborder depuis près de 160 ans ; en fait depuis que, dans notre pays, l’Esclave s’est libéré (d’ailleurs sans haine, à la manière d’un Mandela) : je veux parler de ces frontières multiples, de ces relations complexes, de ces non-dits, de cette coexistence parfois rugueuse mais pourtant toujours attachante, de cette affection amère, de cette chaleur teintée de ressentiment qui unit et désunit quotidiennement les Antillais, tant il est vrai que notre société est née dans l’inhumanité d’un crime qui la marquera pour longtemps.

Pour la première fois, des hommes et des femmes de la diaspora créole vont tenter, de façon organisée et non plus seulement instinctive ou intuitive, de délier des nœuds, de décoincer des esprits, de déplacer des lignes, de désoxyder nos mœurs et nos cœurs, enfin d’œuvrer pour la fraternisation des différentes composantes de la société créole.

Cette mission que nous nous obligeons sera rude et sera longue, car à l’origine il fallait bien inventer le racisme pour justifier l’esclavage ; et mes ancêtres, avec d’autres colons, ont introduit par la violence ce germe infernal que nous voulons, ensemble, extirper.

Dans leur grande majorité, les Domiens ont un aïeul qui les a vendus, et un aïeul qui les a achetés. C’est à ceux-là que le Saint-Lucien Dereck Walcott, prix Nobel de littérature, s’est adressé en ces termes : « À vous, grands-pères à qui intérieurement j’ai pardonné, je vous adresse, comme les plus honnêtes de ma race, un étrange merci. Je vous adresse un étrange, amer et pourtant un exaltant merci pour cette immense friction et soudure de deux grands mondes, pareils aux moitiés d’un fruit jointes par son propre jus amer. Je vous remercie de m’avoir placé, exilés de vos propres Édens, dans la merveille et le prodige d’un autre. »

De ce chaudron fondateur est née cette infinité de nuances qui colorent les peaux des Domiens à des degrés divers, d’autant plus que des arrivants de l’Inde, de Chine ou du Proche-Orient sont venus, à leur tour, apporter des touches nouvelles. Nos populations présentent au 21° siècle un extraordinaire patchwork d’hommes et de femmes ayant la peau pâle ou brune, les yeux clairs ou sombres, le cheveu lisse ou crépu. Les Antilles et la Réunion sont devenues, en un temps remarquablement bref, une sorte de résumé de la planète, plongeant les racines de leurs populations dans plusieurs continents, et mélangeant ces racines. Flaubert expliquait que « la manière la plus profonde de sentir quelque chose est d’en souffrir soi-même. » Et s’il est vrai que les Békés n’ont guère souffert de notre genèse, il n’en reste pas moins qu’aujourd’hui très nombreux sont ceux qui ont compris les souffrances d’une grande partie de la population des descendants d’esclaves.

Rude mission, donc, et longue mission. Mais nous saurons, tout au long de notre marche, nous souvenir de cette pensée d’Aveline : « Ne crois pas que tu t’es trompé de route, alors que tu n’es pas allé assez loin ». Et cela d’autant plus que celles et ceux qui sont rassemblés ici ce soir, constituent un concentré de volonté ; vous êtes ici parce qu’animés par la foi en notre démarche, en une population solidaire et plus forte, car unie dans un passé et un destin communs.

Selon Patrick Chamoiseau, « Maîtres et esclaves, békés et ouvriers se sont côtoyés dans l’espace de l’habitation, et se sont ainsi créolisés. » Regardez-vous, regardons-nous : nous sommes tellement Créoles ! Nous sommes chacune et chacun un échantillon de cette remarquable mosaïque humaine que nous n’avons pas su qualifier autrement que par l’exclamation « Tous Créoles ! ». Selon le Réunionnais François Caillé « On est créole, créole de peau, créole de culture, créole d’adoption, fruit d’une histoire qui n’est pourtant pas plus gaie, pas plus amoureuse qu’ailleurs, mais fruit d’un pays qui a été, par la grâce de la nature, une curieuse machine à rassembler les diversités, tout en laissant la place aux nuances. »

Vous êtes convaincus qu’il fallait être là ce soir, pour apporter votre contribution, votre témoignage, votre âme à ce mouvement, qui en est à poser la toute première pierre d’un édifice dont nous ignorons encore les dimensions, mais dont nous savons déjà la solidité.

Parmi les membres fondateurs à la Martinique ont note la présence d’une soixantaine de personnalités telles que le chirurgien Henri Lodéon, l’écrivain Tony Delsham, les chefs d’entreprise Marcel Osenat et Bernard Hayot, l’universitaire Fred Célimène, l’avocat Gérard Dorwling-Carter, le révérend-père Louis Élie, l’historien Édouard de Lépine, le poète Marcel Rapon, et bien d’autres.

L’association « Tous Créoles ! » a pour ambition de participer à l’édification de communautés domiennes apaisées, mais également solidaires, fortes et affranchies de tout sectarisme. Par la mise en œuvre d’actions et de gestes symboliques, l’association entend œuvrer afin de permettre à celles et ceux qui composent ces communautés d’apprendre à mieux se connaître et à se respecter, et ce dans leurs différentes singularités. Dans cette démarche il sera fait œuvre de mémoire utile, afin que le passé soit le tremplin d’un futur commun et partagé. Dans cette perspective, il est convenu que l’un des objectifs de l’association est de concrétiser les principes humanistes énoncés en 1998 par les signataires du Manifeste « Nous nous souvenons », publié par des membres de la communauté békée à l’occasion de la commémoration du Cent-cinquantenaire de la fin de l’esclavage à la Martinique ; ou encore d’œuvrer à l’acceptation générale de la date du 22-Mai pour la commémoration de cet événement. Enfin, de prendre en considération l’existence de composantes multiples et égales au sein des communautés domiennes.

Les actions de l’association pourront être menées en synergie avec d’autres organisations, associations, instances ou institutions. Des études et recherches seront conduites sur l’histoire de la société martiniquaise, pour en permettre une connaissance et une compréhension les plus justes et humanistes que possible, notamment de la période de l’esclavage. L’association a d’ores et déjà inscrit dans son objet la création d’une « Maison des Mémoires et des Identités de la Martinique ».

Voilà, Mesdames et Messieurs, chers amis, ce à quoi vous invitent celles et ceux qui œuvrent depuis plusieurs mois à ce projet.

Merci de votre sympathique attention, longue vie à « Tous Créoles ! » Paris, et recevez mes sincères amitiés créoles.

Roger de JAHAM

Tous Créoles ! Section de Paris

Assemblée générale constitutive du mardi 19 mai 2009

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6 commentaires

  1. TOUS CREOLES, BRAVO and so WHAT??? Quelles actions, quelle présence auprès des pouvoirs public pour montrer notre désaccord avec le laxisme, le laisser dire n’importe quoi par ceux qui n’ont pas l’intelligence d’avoir des doutes.

    Liberté (d’aller et de venir, de travailler, de dire ce que l’on pense)
    Egalité (meme droits, meme DEVOIR pour tous avec pour seule différence la distance)
    Fraternité (entre tous, au meme niveau qu’en Métropole, ni plus, ni moins, ni différent)

    Oublions Césaire quand il nous entraine dans la rancune, Vénérons le dans l’estime qu’il avait des antillais et grandissons dans la vision qu’il souhaitait pour nous

  2. MMA, je suis tout à fait d’accord avec vous :
    il ne suffit pas d’inaugurer l’inscription d’une association de plus, à la Préfecture !

    il y a lieu de transformer l’essai, et lui donner corps par la programmation d’actions concrètes …

    Alors lrt’s wait and see ….

  3. Tous créoles, quelle aberration!!!!!!!! lorsque l’on sait que créoliser un nègre c’étais lui faire adopter et embrasser la culture du vrai créole ( blanc créole) c’est à dire une culture européenne basée sur la hiéarchisation des races et sur l’esclavage des nègres. Cette créolisation avait donc pour vocation de proposer au nègre une nouvelle culture afin d’oublier et de mépriser son passé et sa culture d’africain. je pense que nos ancêtre noires victimes de ce "forçage identitaire" se serait étouffer en constatant ce genre de pratique associative plus que douteuse, cependant je suis convaincu que ces aberrations n’iront pas trop loin et heureusement d’ailleurs.

  4. Maurice BOUTON le

    Un tardif longue vie
    à l’extension vers Paris
    N’est ce pas déjà un chemin
    Vers un souhaitable « Tous humains »

    Quand la Terre devient étroite
    Il est bon que grandissent coeurs et esprit
    Sinon il ne restera comme style de vie
    Qu’échange d’upercut de gauche ou de droite

    Ps Je n’ai rien contre la Boxe
    Mais je honnis les Box

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