Soyez fiers d’être des schoelchéristes !

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Edouard de LEPINE

Edouard de LEPINE

COMMÉMORATION DU 205ème ANNIVERSAIRE DE LA NAISSANCE DE VICTOR SCHŒLCHER.

A l’invitation de M. Clémenté, maire de la ville de Schoelcher, l’historien Edouard de Lépine a prononcé le 21 juillet dernier un respectueux hommage à ce grand abolitionniste.

Monsieur le sous-préfet,
Monsieur le représentant du Conseil Général,
Monsieur le maire,
Messieurs les élus,
Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

Je veux d’abord remercier la municipalité de Schœlcher du plaisir et de l’honneur qu’elle me fait en invitant le vieux schœlchériste impénitent que je suis, à commémorer avec elle le 205e anniversaire de la naissance de celui dont cette ville porte le nom. Nous sommes si peu nombreux depuis quelque temps à lui rendre l’hommage que mérite son inlassable action en faveur de l’abolition de l’esclavage et son total dévouement à la cause des hommes de couleur, qu’il m’est arrivé ces derniers temps, en une ou deux occasions, de me demander s’il y avait encore des Martiniquais et des Guadeloupéens à lire ou à relire Schœlcher, ne serait-ce que de loin en loin.

Un de vos concitoyens, un ami avec lequel je n’ai pas toujours été d’accord, sauf sur notre commune admiration pour Schœlcher, nous a rendu un fieffé service. Sous le titre « Un certain Victor Schœlcher », Georges Éleuther Mauvois a mis à la disposition de ceux qui ont envie de mieux connaître l’homme, un recueil de textes judicieusement choisis du grand abolitionniste. Ce recueil dira mieux que de grands discours les raisons de notre attachement au personnage auquel nous avons pendant si longtemps voué non pas un culte comme on l’a écrit, avec une nuance de commisération pour les malheureuses victimes que nous serions d’un des derniers avatars du culte de la personnalité, mais une grande reconnaissance et un profond respect.

Je me suis beaucoup rappelé au début de cette année ce que disait Césaire, il y a un peu plus d’un demi-siècle, quatre mois à peine après la création du Parti Progressiste Martiniquais, en pleine crise institutionnelle, entre le putsch du 13 mai qui avait ramené au pouvoir le général de Gaulle et le référendum de septembre 1958 sur la constitution de la Ve République.

« J’ai l’habitude, écrivait Césaire dans Le Progressiste du 19 juillet 1958, j’ai l’habitude, tous les ans, à l’approche du 21 juillet, de relire Schœlcher. Et, chaque fois, la même impression me frappe. Je suis émerveillé de son actualité. Schœlcher, comme déjà on l’appelait de son temps, l’homme à marottes, est vivant, plus que jamais vivant. »

Vivant, je ne sais pas. Je ne sais plus. Mais toujours aussi indispensable qu’il l’a été, pendant la plus grande partie de sa vie, à l’amélioration de la condition des vieilles colonies françaises devenues des départements, il ne l’a peut-être jamais été autant qu’aujourd’hui.

Ce sentiment me vient, peut-être, de ce que ce n’est pas à l’approche du 21-Juillet que je relis régulièrement Schœlcher. Juillet, c’est l’euphorie du début des vacances. Février, c’est au contraire le temps de la peur. Peur du drame, presque rituel, qui a pendant longtemps marqué l’ouverture de la « récolte » c’est-à-dire du temps fort de notre vie économique et sociale. À la Martinique comme à la Guadeloupe, pour les travailleurs, février est un mois terrible, une sorte de mois maudit :
Février 1900 : 9 morts à la Martinique,
Février 1910 : 3 morts à la Guadeloupe,
Février 1923 : 2 morts à la Martinique,
Février 1925 : 6 morts à la Guadeloupe,
Février 1930 : 3 morts à la Guadeloupe,
Février 1935 : une crise sans précédent du monde rural à la Martinique,
Février 1948 : 3 morts à la Martinique,
Février 1952 : 4 morts à la Guadeloupe,
Mars 1961 : 3 morts à la Martinique,
Février 1974 : 2 morts à la Martinique,
Février 2009 : une crise sociétale sans exemple dans nos deux îles.

Sauf en 1935 et en 2009, où le sang n’a pas coulé à la Martinique, cela fait 35 morts en 74 ans, presque un mort tous les deux ans, sans compter ceux de décembre 1959 (3) à la Martinique et de mai 1967 (87 ?) en Guadeloupe.

Le mouvement ouvrier a payé un lourd tribut à la répression coloniale. C’est peut-être ce qui explique que des militants de culture socialiste soient particulièrement sensibles à cette période. Mais c’est aussi pour une autre raison : d’ordre historique, mais d’une histoire à la fois plus lointaine et plus proche. Plus lointaine parce qu’elle touche à l’esclavage, plus proche parce que nous n’avons jamais été aussi sensibles aux circonstances de l’Abolition

C’est à l’approche de février, plus exactement, entre la fin du mois de février et la fin du mois de mai de chaque année, que je me fais un devoir -à chacun son devoir de mémoire- de lire et de relire Schœlcher, notamment depuis trois ou quatre décennies, et d’y consacrer chaque année au moins quelques lignes, parfois quelques pages et même, de loin en loin, un livre .

De fait, cette période, mars-juin 1848, constitue une période-clé de notre histoire. Elle va de l’annonce à la Martinique de la révolution parisienne de Février et de la proclamation de la Seconde République qui, sous l’impulsion de Schœlcher -et, à ma connaissance, de personne d’autre-, affirme comme un principe dès le 4 mars, c’est-à-dire dès les premiers jours de son installation, que « nulle terre française ne peut plus porter d’esclaves », à l’arrivée, le 4 juin, du décret du 27 avril qui inscrit dans les faits l’abolition dont le principe était acquis depuis trois mois, ce dont la Martinique était informée depuis le 25 mars. C’est une donnée qu’on oublie souvent dans la commémoration de l’Abolition.

Entre ces deux dates, l’agitation croissante qui se développe dans presque toute la Martinique aboutit le 22 mai, à Saint-Pierre, à une émeute qui oblige le gouverneur à proclamer l’abolition anticipée de l’esclavage, le 23 mai. Autrement dit, au lieu d’attendre comme une aumône l’abolition qui leur était promise depuis deux mois, les Martiniquais, esclaves et hommes de couleur libres, l’exigent comme un droit et l’obtiennent comme un dû, sans attendre, pour reprendre l’image de Lafcadio Hearn dans Youma, « le bateau qui à la même heure, de l’autre côté du monde, filait devant le soleil et portait le don français de la liberté aux esclaves de la Martinique ».

Pendant longtemps la tradition a privilégié sur tout le reste le décret du 27 avril, voire le 21 juillet (à la Guadeloupe), la date de naissance de Victor Schœlcher. Elle a, sinon ignoré, du moins sous-estimé ce qui s’était passé sur place durant ces dix semaines qui, du 25 mars au 4 juin 1848, ont ébranlé la Martinique.

En accordant en 1983 aux quatre vieilles colonies le droit de choisir, selon leur convenance, la date de l’abolition chez elles, comme si c’était elles qui en avaient décidé, même s’il ne s’y était rien passé de spécial au cours de la période et, à nous, Martiniquais, le privilège, que nous avions réclamé, de retenir pour commémorer l’événement le dernier jour de l’esclavage (le 22 mai) plutôt que le premier jour de la liberté (le 23 mai), le gouvernement n’a pas peu contribué à nourrir l’ambiguïté et à entretenir la confusion. Il n’y a plus guère aujourd’hui que la ville de Paris et la commune de Gorée, au Sénégal, qui continuent de célébrer l’anniversaire de l’abolition à la date effective du décret du 27 avril.

Nous en avons oublié le rapport indissociable entre la Révolution de février 1848, la proclamation de la République et l’Abolition, c’est-à-dire le caractère révolutionnaire du décret du 4 mars imposé au gouvernement provisoire par la détermination de Schœlcher et de celui du 27 avril, arraché par sa vigilance à un gouvernement affaibli, hésitant, et en proie au doute devant le reflux de la vague révolutionnaire de février amorcé avec l’élection à l’assemblée constituante d’une majorité conservatrice, 3 jours avant l’adoption définitive de ce décret. Soit dit en passant, il faut noter que l’abolition de l’esclavage est la seule de toutes les mesures adoptées par la révolution de février à n’avoir pas été remise en question par l’assemblée conservatrice d’avril 1848.

C’est dire le contresens historique que constitue la négation de l’importance du 27 avril dans l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises, y compris dans notre pays. Sous les applaudissements de quelques nouveaux historiens, parfois bardés de diplômes français de haut niveau, l’un de nos chansonniers a traduit les ravages de cet escamotage dans une chanson de carnaval qui a connu son heure de gloire en 1974 : « Sé le 22 mé ! 27 avril té initil, Chelchè ou sé an inpostè ! »

C’est pour réagir contre cette vision caricaturale de l’abolition que j’ai rédigé, en mai 1974, mon premier essai sur le 22-Mai, initialement conçu pour un cours de formation politique au Groupe Révolution Socialiste. C’est un des trois essais publiés plus tard dans Questions sur l’histoire antillaise, une réponse critique au livre de mon ami Camille Darsières, Des origines de la nation martiniquaise .

Vous l’avez compris : mon besoin, aggravé depuis, de me référer à Victor Schœlcher dans les moments de crise, remonte au début de la rupture dans notre approche historique de l’abolition de l’esclavage et dans notre pratique de la commémoration de cet événement.

Cela a commencé il y a une trentaine d’années, quand j’ai lu sous la plume de Guy Cabort-Masson la brochure « Les Martiniquais entre l’angoisse et l’espoir ». L’auteur, ancien officier de l’armée française passé au FLN en 1961, est l’un des tout premiers militants nationalistes martiniquais. Je l’ai admiré et je l’ai défendu contre les accusations malveillantes portées contre lui parce qu’il avait refusé de porter les armes contre les Algériens insurgés. Condamné et bientôt amnistié, rentré au pays, il s’est très vite signalé par ses violentes prises de position anti-schœlchéristes et par son mépris du décret du 27 avril 1848. Dès 1971, il estime : « le 27 avril n’est plus qu’une histoire de famille colonialiste présidée par le Préfet. »

Pour un militant dont la première participation à une manifestation du 27 avril remontait à une trentaine d’années au moment où paraissait son texte, c’était une affirmation inattendue. En 1948, j’étais en seconde au Lycée Schœlcher. Les jeunes communistes du cercle Charles Péguy de l’UJRF (Union de la Jeunesse Républicaine de France) auquel j’appartenais, avaient décidé de participer à la commémoration du centenaire du décret du 27 avril 1848, organisée par le Parti Communiste et la municipalité de Fort-de-France. Loin d’être soutenue par le représentant de l’État, la manifestation avait été interdite et durement réprimée par le premier Préfet nommé à la Martinique après la loi du 19 mars 1946, Pierre Trouillé.

Cabort-Masson, qui avait 11 ans en 1948, était excusable d’ignorer, en 1971, les circonstances de la célébration du 27 avril. Trente ans plus tard, curieux comme il l’était de notre histoire politique récente, il ne pouvait pas ignorer qu’aucun préfet, entre avril 1948 et avril 1979, et pas davantage, me semble-t-il, depuis, n’avait participé à une manifestation du 27 avril. Aussi bien, ai-je trouvé inacceptable cette agression contre le 27 avril et contre la révolution de Février 1848, en fait contre Victor Schœlcher, qui était en train de devenir la bête noire de quelques nationalistes. Je lui ai fait part de ma surprise. Il m’a ri au nez et m’a assuré que je n’avais encore rien vu. Il avait raison ou, plutôt, j’avais tort. Je n’avais jamais envisagé une telle capacité d’oubli dans un pays qui professait un tel culte de la mémoire. Les choses se sont aggravées, beaucoup plus tôt et beaucoup plus vite que je ne le croyais.

D’abord du côté des éléments les plus réactionnaires de la droite française. Encouragés par nos propres réticences à l’égard de Schœlcher et du 27 avril, quand il s’est agi en 1982, sous le gouvernement socialiste de Pierre Mauroy, de choisir une date pour commémorer l’abolition, les sénateurs ont tout simplement proposé d’oublier 1848 et de fixer cette date à l’anniversaire du 16 pluviôse an II, celle de la première abolition qui n’a pas eu lieu chez nous, l’île étant alors occupée par les anglais, mais qui a été remise en question moins de 8 ans plus tard par Bonaparte qui, dès 1802, a rétabli l’esclavage dans toutes les anciennes colonies françaises.

On se rappelle peut-être la réponse de Césaire aux historiens de la haute assemblée qui avaient décidé que cette commémoration aurait lieu « le premier dimanche qui suit la date anniversaire du 16 pluviôse an II ». Avec l’humour cinglant qu’il maniait à merveille pour confondre ses adversaires, Césaire leur avait répondu : « Je suis frappé pour ma part par l’attachement sénatorial au calendrier républicain. Et si j’osais être irrévérencieux, je proposerais mieux encore :revenir aux jours supplémentaires que ce calendrier avait réservés pour les fêtes civiques et fixer la célébration de notre anniversaire non pas au premier décadi de pluviôse mais à le première sans-culottide de l’année. »

On a fait mieux depuis. Février, mars et avril 1848 ont été oubliés au profit de mai en 2001. La date officielle de commémoration de l’abolition, en France, c’est désormais le 10 mai et le nom de Victor Schœlcher doit être remplacé par celui de Madame Taubira, qui a fait reconnaître l’esclavage dans les colonies européennes comme un crime contre l’humanité par le Parlement français.

Mais ce n’est peut-être pas le plus grave. Le plus grave, c’est ce qui est en train de se passer dans la tête des Martiniquais, et singulièrement dans le cerveau de nos enfants. Dans un article récent d’une revue sérieuse, « la construction d’une mémoire historique à la Martinique, du schoelchérisme au marronisme » , de Madame Marie-José Jolivet, professeur réputé d’anthropologie, directeur émérite de recherche à l’Institut de Recherche pour le Développement, on peut lire cette confession d’une lycéenne : « L‘histoire du 22 mai m’a fait comprendre qu’à l’école et partout on n’a pas arrêté de nous tromper. On nous a dit : c’est Schœlcher qui vous a donné la liberté. C‘était pas vrai ! Qu’est-ce qu’il a fait, Schœlcher ? Simplement mettre sa signature en bas d’un bout de papier. L’abolition de l’esclavage, c’est nous, personne d’autre… Maintenant, on ne peut plus rien croire. Tout est faux ! Tout ce qu’on nous a appris à l’école ! Et même les parents, parce que les parents croyaient tout ce que disaient les Blancs ! »

Je croyais très naïvement que Madame Jolivet avait pour le moins forcé le propos de son témoin. Je me trompais. J’ai appris, il y deux ou trois ans, qu’une plaidoirie développée, avec les mêmes arguments, avait été primée à un très officiel concours, labellisé par l’Education Nationale, le Mémorial de Caen. La lauréate y affirmait : « De l’abolition de 1848, on ne retint ainsi que l’idéologie schœlchériste, le mythe du sauveur blanc, de la France émancipatrice et miséricordieuse. La vérité fut honteusement passée sous silence, la réalité historique déformée et instrumentalisée par l’État. »

Je ne crois évidemment pas que des professeurs d’histoire aient pu enseigner cela à leurs élèves. Je n’en mettrais pourtant ma main au feu si j’en jugeais par les propos de spécialistes autoproclamés de l’abolition, parfois diplômés de l’Université, complaisamment et régulièrement repris, autour du 22-Mai, dans la presse, à la radio, à la télévision, à l’occasion de la plus importante manifestation annuelle du devoir de mémoire à la Martinique.

Je prends acte de l’existence de ces jeunes gens dans nos établissements publics. Mais je n’arrive pas à en prendre mon parti. C’est pour réagir contre cette tendance que je me suis mis, depuis une bonne décennie, à étudier Schœlcher comme jamais je ne l’avais fait auparavant. Et, depuis, plus j’ai lu Schœlcher, plus je suis devenu schœlchériste.

Un autre événement est venu plus récemment renforcer ma détermination de mieux faire connaître Victor Schœlcher : la proposition faite par Monsieur le président du Conseil Régional, Alfred Marie-Jeanne, à Aimé Césaire, deux ans avant la mort de celui-ci, d’accepter que son nom remplace celui de Victor Schœlcher au fronton de notre plus vieux et plus illustre lycée. Si peu qu’il fréquente l’œuvre de Césaire, Alfred Marie-Jeanne ne pouvait avoir de doute sur la réponse de Césaire. Il savait que l’homme qui a appris à une génération de Martiniquais à lire, à étudier, à comprendre et à respecter Victor Schœlcher, rejetterait sa proposition.

On a dit que, fort de ce refus qu’il attendait, il aurait pensé, pour rebaptiser son nouveau Lycée, à l’anti-Schœlcher, Bissette, la dernière coqueluche des petits marquis aux talons roses du populisme qui vouent à Schœlcher, considéré comme le père de l’assimilationnisme, une haine tenace. La fermeté de Césaire et la vigilance de son successeur à la Mairie de Fort de France, Serge Letchimy, nous ont épargné cette sinistre alternative. Notre vieux lycée ne sera pas démoli ni débaptisé, si la protestation populaire débordant largement les frontières de Fort-de-France s’amplifie et s’élargit à toutes les communes de l’île, à commencer, nous l’espérons, par celle de Schœlcher.

Pour éclairer le refus de Césaire et contribuer à le populariser, j’ai envoyé à tous ceux que cela devait ou pouvait intéresser et dont j’avais l’e-mail, tous les textes de Césaire sur l’abolition que j’avais en machine. Huit textes pas toujours faciles à trouver mais que vous pouvez encore consulter au moins à la Bibliothèque Schœlcher, ce don exceptionnel fait à la colonie par le grand abolitionniste, quelque temps avant sa mort.

Peut-être les intellectuels martiniquais devraient-ils réfléchir, plus sérieusement qu’il ne semblent l’avoir fait, à la signification profonde de cette provocation de Monsieur le président du Conseil Régional. Je ne parle pas des noyeurs de poissons qui ont feint de voir dans cette proposition un hommage mérité à un grand intellectuel qui fut l’un des plus brillants élèves de ce lycée avant d’en devenir un de ses plus illustres professeurs.

Il s’agissait moins d’honorer Césaire que d’enterrer Schœlcher. M. le président du Conseil Régional, qui est un ancien normalien, ne peut pas ignorer la lutte de Victor Schœlcher pendant une bonne décennie (1871-1881) pour la création de notre premier lycée, décidée et entièrement assumée par notre Conseil Général, contre la volonté des ministres, contre la mauvaise volonté des gouverneurs (sauf exception) et le sabotage de la haute administration, contre l’hostilité résolue de la hiérarchie catholique et l’opposition des éléments les plus réactionnaires de l’aristocratie blanche qui voyaient dans ce lycée un luxe inutile et coûteux, très au-dessus des moyens de la colonie qui ne demandait pas un sou à l’État pour la réalisation de son projet. C’est assez dire que le souvenir du soutien résolu de Schoelcher à la création de ce premier lycée inauguré à Saint Pierre le 21 juillet 1881, le jour de la Saint-Victor, devrait suffire, à lui seul, à rejeter la proposition de monsieur le président du Conseil Régional.

Cette proposition n’était pas seulement une insulte à Césaire, mais un défi au peuple martiniquais, et singulièrement aux enseignants d’histoire de ce pays. Ce n’est pas dans cette ville qui a le privilège d’héberger le plus important établissement d’enseignement de ce pays, l’Université des Antilles et de la Guyane, que j’aurai l’outrecuidance de rappeler la place éminente qu’à occupée dans la vie et dans l’œuvre de Schœlcher, une fois la liberté acquise, la lutte pour le développement de l’enseignement public et laïc dans notre pays, considéré comme une condition indispensable du bon usage de l’abolition.

Votre municipalité a commandé il y a quelque temps à Madame Nelly Schmidt, dont je suis loin de partager toutes les conclusions sur ce qu’elle appelle, depuis peu pour être dans l’air du temps, le mythe Schœlcher, une brochure qu’il faut mettre entre toutes les mains, spécialement entre celles des étudiants du campus de Schœlcher, et dont il faut assurer une large diffusion dans nos 22 lycées et dans nos 44 collèges.

Car il ne s’agit pas tant de garder le nom d’un lycée que de garantir la pérennisation de la mémoire d’un homme qui n’a pas seulement joué un rôle essentiel dans l’abolition de l’esclavage et dans le développement de l’instruction dans notre pays, mais qui s’est battu sur tous les fronts, celui des libertés autant que des libertés publiques, sur le front de l’égalité des droits, sur celui de la justice et, plus que sur tout le reste, sur celui du respect et de la dignité des hommes de couleur. Je vous renvoie sur ce sujet à deux brochures mal connues, en tout cas insuffisamment connues du grand public, La grande conspiration du pillage, de l’incendie et du meurtre à la Martinique et Évènements des 18 et 19 juillet 1881 à Saint-Pierre Martinique.

Nul, mieux que Victor Schœlcher, n’a défendu avec plus de fermeté, ni avec plus de courage, ni avec plus de persévérance, ni avec plus de succès, les hommes de couleur en proie à l’arbitraire colonial et aux accusations les plus odieuses et parfois les plus ridicules portées contre eux avant comme après l’abolition, notamment au début de la IIIe République, au lendemain de l’Insurrection du Sud et après la conquête définitive du Conseil Général au début des années 1880. Périodiquement, l’accusation répétée contre les hommes de couleur de vouloir la substitution c’est-à-dire l’élimination des Blancs, permet à l’administration, et singulièrement à la justice, de maintenir un climat détestable où la moindre altercation entre un Blanc et un Nègre est l’occasion d’alerter l’opinion française sur de prétendus préparatifs du complot permanent du poison, de la torche et du coutelas. C’est le prétexte de campagnes d’intoxication de l’opinion française pour obtenir du gouvernement le renforcement des moyens de répression contre les hommes de couleur. Secondairement, c’est l’occasion d’attaques d’une violence inouïe contre Victor Schœlcher, probablement l’homme politique français qui a été le plus longtemps et le plus odieusement injurié.

Et cependant nul plus que ce défenseur intransigeant de la dignité des hommes de couleur n’a manifesté en toutes circonstances une aussi grande ouverture d’esprit, ni lutté avec plus de détermination contre le sectarisme. On connaît sa « Réponse à l’adresse du Comité de « l’Avenir des Noirs » ou « Société des cinquante nègres » : « Ce à quoi doit travailler tout homme de bonne volonté, tout ami de la Martinique, c’est à rapprocher les blancs, les nègres et les mulâtres, fusion qui seule peut assurer le bien-être et la prospérité des trois races destinées par la nature et par la force des choses à vivre ensemble » .

On sait moins que sur le plan personnel la rancœur et la rancune lui étaient des sentiments inconnus, contrairement à l’opinion répandue par ses ennemis bissettistes, y compris à l’égard des Blancs qui ne partageaient point ses convictions républicaines. Quand le Baron de Lareinty, grand propriétaire foncier et grand usinier, avec lequel il avait des divergences importantes mais dont il avait pu apprécier au Sénat « l’incontestable compétence sur les problèmes coloniaux », sollicite son appui auprès de ses amis du Secrétariat d’État aux colonies, pour sa nomination comme membre du Conseil Supérieur des Colonies, il le fait et obtient sans difficulté cette désignation.

C’est que rien ne lui semble plus important que de persuader les uns et les autres que « les deux races formant la population sont destinées par nature à vivre ensemble, qu’elles se sont réciproquement nécessaires, qu’en conséquence adhérer au préjugé de couleur qui les partage en deux camps, c’est atteindre la société coloniale dans ses forces vives et la livrer à un malaise perpétuel ; qu’au contraire, leur fusion sur le terrain politique et social peut seule assurer le développement de leur prospérité commune. »

Je dis qu’il y a dans cette formulation la préfiguration, avec un siècle d’avance, du débat qui dure encore et que nous n’avons pas le courage de trancher sur ce qu’il faut bien appeler l’unité nationale du peuple martiniquais, une formulation qui eût peut-être fait sourire Schœlcher.

Et cependant, c’est sur ce sujet que je voudrais ajouter un dernier mot : sur la vision prophétique de la place que cette nation pourrait occuper dans son environnement caribéen. Sur ce plan-là aussi, Schœlcher a été bel et bien un précurseur.

Quand l’antillanité et, plus largement, quand notre appartenance à l’espace caribéen n’était pas encore devenue un de ces produits de haute nécessité qui surgissent périodiquement dans notre presse à l’affût du moindre scoop d’allure moderniste, une bonne trentaine d’années avant que le nationaliste portoricain, Ramon Emeterio Betances, le tout premier champion de l’idée d’une fédération antillaise, ne lance le slogan « Les Antilles aux Antillais » comme un défi aux Américains qui, oubliant les Antilles, avaient défié l’Europe au cri de « l’Amérique aux Américains », là où le Général de Gaulle, il y a moins d’un demi-siècle, ne voyait que des « poussières entre l’Europe et l’Amérique », Schœlcher écrivait, il y a plus d’un siècle et demi en 1842 : « En examinant la position des Antilles au milieu de l’Océan, groupées toutes entre l’Europe et l’Amérique, en regardant sur la carte où on les voit presque se toucher, on est pris de la pensée qu’elles pourraient bien un jour constituer de petites républiques indépendantes, elles seraient unies confédérativement par un intérêt commun et auraient une marine, une industrie, des arts, une littérature qui leur seraient propres. Cela ne se fera peut-être pas dans un, dans deux, dans trois siècles… mais cela se fera parce que cela est naturel

S’il est vrai qu’au début de la révolution coloniale du second vingtième siècle, Césaire refusait « l’abstraction d’une patrie antillaise, commune à tous les peuples antillais », dont la construction ne pouvait être la tâche de la génération des Martiniquais de l’époque, il n’en était pas moins ouvert à l’idée d’une future confédération dont continuent de rêver nombre d’Antillais. Ce texte de Schœlcher a inspiré plus d’un champion de l’intégration de la Martinique et de la Guadeloupe dans leur environnement caribéen, sans qu’aucun d’eux ne pense à citer sa source, mais dont plusieurs feignent de l’ignorer pour instruire le procès de l’assimilationniste Schœlcher. C’est dire le peu de considération que méritent des individus qui se doutent à peine qu’ils ne peuvent même pas revendiquer comme leur appartenant en propre la pensée qu’ils tiennent pour la plus originale de leur discours anticolonialiste.

Je voudrais pour terminer que vous me permettiez d’improviser quelques mots, sans sortir de mon sujet, bien entendu, puisqu’il s’agit toujours de Schœlcher, à propos d’un événement auquel certains d’entre vous ont pu participer, même s’ils n’ont pas cédé à l’illusion d’avoir vécu leur révolution de février ni entrevu, dans cette mobilisation populaire effectivement sans exemple dans notre histoire récente, l’aube de temps nouveaux où rien ne devait plus être comme avant.

Certains d’entre vous ont suivi, peut-être même participé, à la campagne déclenchée il y a trois ou quatre mois contre l’initiative de l’association « Tous Créoles ! » de commémorer le 90e anniversaire du discours prononcé le 22 juin 1919 par le député maire de Sainte-Marie, Joseph Lagrosillière, au Banquet organisé, au Morne des S, par le Parti Républicain Schœlchériste. J’insiste : le Parti Républicain Schœlchériste.

On a raconté tellement de sottises, à propos de ce discours, qu’il nous avait paru nécessaire d’envisager sa publication par la Société des Amis des Archives, juste comme un document d’histoire, pour permettre à chacun de juger sur pièce. On en a dit un peu moins mais pas avec plus de décence de l’initiative de « Tous créoles ! » de commémorer ce discours qui est un appel solennel à l’union de tous les Martiniquais de toutes origines ethniques ou sociales.

Nous avions suggéré à cette association de marquer l’importance qu’elle attachait à ce discours en organisant à Sainte-Marie quelque chose qui pût sinon ressembler, du moins rappeler ce banquet du Parti Républicain Schœlchériste. Si Lagros avait pu réunir 500 convives, blancs et nègres confondus, tout en haut du Morne des S, il y 90 ans, avec les moyens de l’époque, il ne paraissait pas absurde de vouloir en réunir autant dans un grand restaurant du bourg de Sainte-Marie. Ce projet conçu en juin 2008 et relancé en octobre, n’avait posé aucun problème jusqu’au début du mois de Février. Vers la mi-janvier, pour concrétiser ce projet, j’avais pris rendez-vous avec M. Bernard Hayot pour le jeudi 5 février. Je suppose que cette date vous dit quelque chose. L’entrée de ses bureaux lui étant interdite par des barrages de grévistes pendant plusieurs semaines, nous avons dû remettre deux fois ce rendez-vous, qui a eu lieu finalement chez moi, en présence d’un camarade d’ascendance indienne, qui a adhéré depuis à « Tous créoles ! ». La commémoration du discours du socialiste Lagrosillière ne posait aucun problème à aucun des békés de « Tous créoles ! ».

C’est chez nous, les nègres, que cela en a posés. Autrement dit, les békés de « Tous créoles ! », sans exception à ma connaissance, n’éprouvaient aucune difficulté à commémorer le 90e anniversaire d’un banquet du Parti Républicain Schœlchériste créé par un député socialiste, Lagrosillière, avec un programme socialiste, même si de toute évidence aucun d’eux probablement n’envisageait une adhésion rétrospective à ce programme pas très différent de celui de la IIe Internationale socialiste de la fin de la première guerre mondiale. Ce sont des nègres qui ont d’abord trouvé le moment inopportun, le sujet imprudent et même provocateur.

Pensez donc ! Plusieurs milliers de Martiniquais avaient défilé pendant plusieurs semaines dans les rues de Fort-de-France, avec des revendications tout à fait légitimes contre la vie chère et pour la revalorisation des minima sociaux et des salaires les plus bas, mais aussi avec ce slogan inattendu « Matinik sé ta nou sé pa ta yo, an ban-n volè pwofité nous kay fouté yo dèwo ».

Un reportage sur les békés, ou, plutôt, contre les békés, Les derniers maîtres de la Martinique, de Romain Bolzinger, passé sur les antennes de Canal Plus, au deuxième jour du conflit, avait procuré leur becquée à deux ou trois anciens combattants de la guerre des races. Ce film médiocre qui s’ouvre sur le consensus autour du cercueil de Césaire (moins de 2 minutes), se poursuit pendant 50 minutes sur la division profonde qui se maintiendrait « depuis des siècles » entre une poignée de millionnaires békés (moins de 2% de la population) et 98 % de pauvres nègres.

C’est ce genre de document qui a dopé ce slogan difficile à expliquer et encore plus difficile à justifier en 2009. On se serait cru revenu à la fin du XIXe siècle, quand le journal des colons les plus réactionnaires, La Défense coloniale, proclamait « la Martinique nous appartient ».

Au début du 20e siècle, ni la catastrophe de Saint-Pierre (1902), ni les souffrances partagées dans la boue des tranchées de la grande guerre (1914-1918), n’avaient complètement effacé le souvenir des tensions insupportables qui avaient suivi l’insurrection du Sud au lendemain de la proclamation de la IIIe République.

Mais dès la fin de la grande guerre, le député de la Martinique, Joseph Lagrosillière, maire de Sainte-Marie, avait entrepris de prévenir le retour de ces affrontements stériles. Plus ou moins en délicatesse avec son parti, la SFIO, dont il avait démissionné à la veille de la guerre à cause de propos racistes de deux dirigeants de ce parti, il avait créé, dès son retour à la Martinique, le Parti Républicain Schœlchériste, estimant que seul l’enseignement de Schœlcher pouvait apporter l’apaisement indispensable à la prospérité du pays.

Il faut relire son Manifeste du 7 mai et son discours du 22 juin pour comprendre les objectifs du nouveau parti. Sans rien céder sur son programme républicain et socialiste, mais sans démagogie, Lagros appelle, sinon à la fusion, du moins à l’union, sur la base d’un programme schœlchériste : «… qui ne se rappelle, demande-t-il, la fougue avec laquelle il (Schœlcher) a foncé, à la fois sur le parti des cinquante noirs, et sur ce qu’il appelait l’oligarchie coloniale, qui était alors composée, presque exclusivement de blancs ? Aussi bien, me suis-je senti en parfaite communion d’idées et de sentiments avec lui, lorsque en compagnie de ce républicain intégral qu’est René Boisneuf , j’ai dénoncé, tant en France qu’aux Antilles, les tristes menées du pseudo parti de Légitimus. C’est à lui, encore, que nous demanderons l’inspiration pour tuer dans l’œuf toute tentative de constitution ou de reconstitution d’un parti noir, dans notre pays ».

Systématiquement déformés par l’historiographie communiste pour justifier la scission intervenue quelques mois plus tard dans les rangs du jeune mouvement socialiste à la Martinique, le Manifeste du 7 mai et le discours de Sainte Marie constituent incontestablement un document majeur de l’histoire politique de notre pays. Ce discours a été vilipendé pendant plus de 80 ans, jusqu’à ce que Camille Darsières entreprenne de faire toute la lumière sur les circonstances de la scission du mouvement socialiste et de la naissance mouvement communiste à la Martinique .

J’ai la faiblesse de croire que ce n’est pas tout à fait par hasard que ce travail a été mené à bien par l’un des plus proches compagnons d’Aimé Césaire. C’est l’une des raisons pour lesquelles nous avions suggéré à « Tous Créoles ! » d’associer à cet hommage à Lagrosillière un hommage à Aimé Césaire pour sa contribution au rapprochement entre les deux principales composantes de notre peuple, les nègres et les békés, dans le plus pur esprit du schœlchérisme. On se rappelle les insinuations plus ridicules et plus odieuses les unes que les autres lancées contre le père de la négritude pour avoir accepté, en décembre 2001, l’invitation de Bernard Hayot à planter sur l’habitation Clément, au François, un arbre endémique de la Martinique, le courbaril, menacé de disparition. C’est tout le texte de l’éloge du courbaril, prononcé à cette occasion par Césaire, qui mérite d’être connu. Un court texte d’une trentaine de lignes qu’il faudrait placarder dans tous nos établissements d’enseignement, y compris et peut-être d’abord dans notre Université où l’on semble avoir plus de mal qu’ailleurs à étudier et à faire passer dans l’opinion ce qui constitue le fondement même de la construction d’un peuple : son unité et sa volonté de vire ensemble. Je ne veux retenir ci que quelques extraits, très librement cités, de cet éloge :  »…La plantation d’un courbaril, un des plus beaux arbres martiniquais menacé et en voie de disparition…
Merci à vous d’essayer de le sauver et d’en rappeler toute l’importance réelle, économique sans doute mais à mes yeux, plus encore, importance symbolique…
Avec ses feuilles, non avec sa feuille DOUBLE et pourtant UNE.
Ici la bi-foliation se fait intime et partenariale.
Une particularité botanique sans doute, mais dans laquelle je me permettrai de voir le symbole de la solidarité indispensable à notre peuple en notre époque de survie ». »

Vous l’avouerai-je ? J’étais plutôt pessimiste en acceptant l’invitation de votre maire. Je me rappelais l’invraisemblable légèreté de camarades qui citaient ce texte sans vraiment rougir d’avoir repris ou d’avoir couvert ou d’avoir trouvé des circonstances atténuantes à l’usage de ce slogan de février que j’ai cité plus haut.

Si peu de Martiniquais se disent aujourd’hui schœlchéristes et tant de Martiniquais se proclament césairistes depuis la mort de Césaire, que je me suis demandé si Louison [Clémenté, le maire] ne s’était pas trompé en invitant ici un vieux militant revendiquant cette double filiation, si étrange aux yeux de quelques césairistes du lendemain.

Votre manifestation de ce jour me rassure. Elle fait plus que de me rassurer. Elle m’enhardit. Je n’avais pas participé depuis 44 ans à une démonstration de cette importance pour célébrer le 21-Juillet. C’était à la mairie du Lamentin, le 21 juillet 1965, à l’invitation du maire communiste de cette ville, Georges Gratiant.

C’est pourquoi je me sens autorisé à vous dire que je suis sûr de ne pas me tromper en estimant que votre municipalité peut faire encore mieux. Parce que la Martinique attend de vous que vous ne vous contentiez pas d’être des habitants de Schœlcher.

Allez donc, amis de Schœlcher, ne soyez pas seulement des schœlchéroises et des schœlchérois mais des schœlchéristes ou des schœlchériennes et des schœlchériens convaincus, sans complexe, mais pas sans humour, fiers sans arrogance mais sans timidité, avec élégance et même avec ce zeste d’insolence que Schoelcher utilisait à merveille dans ses relations avec ses pires adversaires.

Soyez prêts à défendre en toutes circonstances la mémoire de celui dont votre ville porte le nom, sans aucune concession à ceux qui voudraient vous persuader que vos grands-parents ou arrière grands-parents qui ont choisi ce nom, étaient des aliénés, des fous, ou des imbéciles manipulés par des mercenaires au service du colonialisme.

Soyez attentifs, au contraire, à faire briller ce nom, pas comme dans la chanson, « comme une étoile à l’orient » sur une « montagne verte », mais comme une lampe-tempête dans la grisaille des temps troublés que nous vivons, temps de l’imposture, de la présomption, de la vanité satisfaite d’elle-même, de l’esbroufe, du bluff, de la démagogie et, finalement, du mépris du peuple, temps qui exigent de chacun de nous les qualités éminemment schœlchériennes que sont le courage et la patience, la lucidité et la passion, la fermeté et, par dessus tout, la détermination.

Édouard de Lépine,
Schœlcher 21/07/09

BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE (pour ceux qui veulent en savoir un peu plus)

Victor Schœlcher

  • Des colonies françaises, abolition immédiate de l’esclavage, 1842 Réédition par SHG et la SHM en 1976
  • Esclavage et colonisation, textes choisis et annotés par Émile Tersen, avec une introduction d’Aimé Césaire, PUF Paris, 1948
  • Histoire de l’esclavage pendant les deux dernières années, Paris 1847, Réédition Désormeaux, 1973
  • Colonies étrangères et Haïti, 2 vol, 1840, Réédition Désormeaux, 1973
  • Polémique coloniale, 2 vol 1882 Réédition Désormeaux, 1979

La grande conspiration du pillage, de l’incendie et du meurtre, Paris, Le Chevalier 1875
Évènements des 18-19 juillet 1881 à Saint Pierre, Dentu édit, Paris 1882, Paris
Aimé Césaire

  • Discours du 21 juillet 1945- Brochure fédération de la Martinique du PCF
  • Introduction à l’ouvrage de Schoelcher Esclavage et Colonisation,
  • Intervention de Césaire à la Sorbonne, le 27 avril 1948 pour le centenaire de l’abolition
  • Discours pour l’inauguration de la place de l’Abbé Grégoire, le 28.12.50
  • Discours du 21 juillet 1951, Le combat de Victor Schoelcher continue
  • Article paru dans Le Progressiste du 19 juillet 1958, Relire Schœlcher
  • Discours du 22 mai 1971, Notre 22 mai- Brochure PPM
  • Discours du 17/12/82 à l’Assemblée Nationale pour le choix de la date de commémoration de l’abolition

Le Cercle Victor Schœlcher

  • Pour l’ascension des travailleurs noirs descendants d’esclaves en Martinique, Imprimerie du Gouvernement, Fort-de-France 1945, Janine Alexandre-Debray
  • Victor Schœlcher, Perrin, Paris 1983, Nelly Schmidt
  • Victor Schœlcher et l’abolition de l’esclavage, Fayard, 1994
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