Il est minuit, docteur COSTET !

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La Martinique a eu son docteur SCHWEITZER, en la personne du docteur Arthur COSTET, qui semblerait avoir été quelque peu oublié. Eric NOGARD nous adresse ce texte à sa mémoire. Extraits…

Chacun connaît le Docteur Albert SCHWEITZER pour être cet Alsacien français, missionnaire fondateur de l’hôpital de Lambaréné au Gabon ; il était aussi théologien, organiste, musicologue, poète, libéral, croyant, prix Nobel de la Paix (1952). Chacun sait son sacerdoce à la cause du déshérité en terre d’Afrique.

A la Martinique il s’appelait Arthur COSTET, médecin en la commune du Gros-Morne, en Martinique, abritant une population paysanne dont l’exemplarité n’avait pas d’égale du point de vue de la gentillesse, de la correction, du savoir vivre.

Mais en ce temps là, qui portait un côté de soulier était vu comme un « pacha » et qui en portait une paire était tout simplement « le fils du Pape » !

Et dans cette attachante population, le docteur Arthur COSTET, avec, pour le seconder, sa servante Izala, s’était placé au service d’une clientèle qui n’avait pas Sou qui Vaille ; il la soignait jour et nuit comme nuit et jour, sans heure pour ses malades : un serpent ne choisissait ni l’heure, ni l’endroit, une crise de vers non plus.

Sa famille, les SAINT-AUDE, devait l’aider en toute chose, comme à verser ses gages à Izala… les allocations n’étaient pas encore sorties du ventre de la douce France. Il vivait d’un repas de moineau le midi, et d’une crème à la tombée de la nuit.

Il s’éteignit, aveugle depuis longtemps, à un grand âge. Selon un témoin, ce vieil Arthur COSTET, médecin en la commune du Gros-Morne, était aimé, tel un envoyé de Dieu. C’était un Béké.

Le dispensaire de la commune, érigé en 1960, porte son nom.

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Un commentaire

  1. Albert Schweitzer souleva de rudes critiques envers le colonialisme.

    Dans un sermon prêché le 6 janvier 1905, avant qu’il n’ait annoncé à quiconque ses plans humanitaires, il discourait ainsi :

    « Notre culture divise les gens en deux classes : les hommes civilisés, un titre accordé à ceux qui effectuent le classement ; et les autres, qui ont seulement forme humaine, et qui pourraient périr ou être jetés aux chiens pour ce que les « hommes civilisés » en ont à faire.

    Oh, cette « noble » culture qui est la nôtre ! Elle parle si pieusement de dignité humaine et de droits humains, puis faillit à respecter cette dignité et ces droits d’innombrables millions avant de les fouler à ses pieds, au prétexte qu’ils vivent outre-mer ou que leurs peaux sont de différentes couleurs, ou qu’ils ne peuvent pas « s’aider eux-mêmes ».

    Cette culture ne sait pas combien elle est creuse et misérable et pleine de désinvoltes parlottes, combien banale elle paraît pour ceux qui la suivent par delà les mers et voient ce qu’elle a commis là-bas […]

    Je ne vais pas énumérer tous les crimes perpétrés au nom de la justice. Des gens ont volé les indigènes de leurs terres, en ont fait des esclaves, libérant sur eux la vermine de l’humanité. Pensez aux atrocités commises sur ces populations rendues serviles […] et tout ce que nous avons fait… Nous les décimons, puis par un trait de stylo, prenons leurs terres si bien qu’ils n’ont plus rien du tout…

    Si toute cette oppression et tout ce péché et cette honte sont perpétrés sous l’œil du Dieu Germain, ou du Dieu Américain, ou du Dieu Britannique, et si nos états ne se sentent pas obligés premièrement de laisser de côté leur affirmation d’être « Chrétien » — alors le nom de Jésus est blasphémé et tourné en dérision. Et la Chrétienté de nos états est blasphémée et tournée en dérision devant ces pauvres gens. Le nom de Jésus devient imprécation, et notre Chrétienté -votre et mienne- devient contre-vérité et disgrâce, si les crimes ne sont pas suivis de réconciliations là-même où ils furent commis. Car pour toute personne ayant commis au nom de Jésus un crime, quelqu’un doit s’avancer pour aider au nom de Jésus ; pour toute personne qui vole, quelqu’un doit apporter compensation ; pour chaque personne qui maudit, une autre doit bénir.

    Et dorénavant, lorsque vous parlez de missions, laissez ceci être votre message : Nous devons restaurer l’harmonie pour tous ces crimes lus dans les journaux. Nous devons recréer l’harmonie pour ces crimes, encore pires, à propos desquels nous ne lisons rien dans les magazines, ces crimes étouffés dans le silence nocturne de la jungle… »

    — Essential writings de Albert Schweitzer; James Brabazon Éditeur : Maryknoll, NY Orbis Books 20059. ( lisible sur la page wikipedia d’Albert SCHWEITZER )

    Il est bon, en effet d’avoir ces trajectoires en mémoire, et savoir qu’elles illustrent l’humain, dans sa grâce et sa dignité.

    Il est bon de regarder toutes les choses en face, sans se la voiler…c’est très difficile ici, l’amnésie et le refoulement étant la plus confortable des postures de l’homme, et particulièrement du « métropolitain » , peu important sa couleur, la métropole ne désignant aucune couleur, mais un système, dont ont souffert, et souffrent encore, par le « mal développement » économique de l’île, dans leur dignité pour les premiers, dans leur chair et leur dignité pour les seconds, tant les colons blancs, que leurs esclaves, enfants, et presque compatriotes créoles non esclaves, et non blancs.

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