LE 22-MAI DOIT ETRE TREMPLIN ET VICTOIRE DU FUTUR

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tony-delsham-tous-creolesTony DELSHAM nous invite à relire cet intéressant extrait de son ouvrage « Cénesthésie et l’urgence d’être », concernant le symbolise du 22-Mai.

Certains estiment que l’action commune des héritiers des trois groupes (Nègres, békés, mulâtres) ne s’aurait s’enclencher qu’après l’image vengeresse du béké repentant, genoux en terre, demandant pardon des crimes commis par ses ancêtres. D’autres, réclament une réparation passant par la confiscation de biens jugés indus. Je ne partage pas ces choix demandés dans le cadre d’un département français. Ils sont irréalistes et fonds de commerce juteux pour les gestionnaires mercantiles de la souffrance de nos ancêtres. La cohésion d’un peuple, d’une société, d’un groupe d’hommes, n’admet pas l’humiliation de l’une des composantes de ce peuple, de cette société, de ce groupe d’hommes.

Les forces alliées ayant terrassé l’Allemagne nazie se gardèrent bien de mettre tous les Allemands dans le même sac, se gardèrent bien d’humilier le peuple en son entier et les vainqueurs s’appuyant sur les adversaires Allemands du nazisme conservèrent au pays de Goethe et de Wagner une dignité qui lui permit de retrouver le concert des nations européennes, dès la fin de l’occupation.

La République Française n’a pas décapité tous les monarchistes. Elle s’est simplement débarrassée des irréductibles et à « proposé » aux autres de crier « Vive la République ». Depuis, ces derniers sont devenus bons républicains, et si certains vivent dans la nostalgie du passé, les lois du peuple français balisent leurs phantasmes et leurs rêves secrets en les rappelant à l’ordre à la moindre déviance.

A la Martinique personne n’a été décapité, mais personne, non plus, n’a « proposé » au groupe des blancs de crier « Vive le 22 Mai ! »

Et pour cause ! Les esclaves libérés, comme le rappellent les journaux de l’époque mentionnés par l’historien Edouard de Lépine, semblables au peuple de France parcouraient les rues en criant « Vive la République, Vive la Liberté ». En outre, entre le gouverneur affolé de l’époque, car confronté à l’interprétation des ordres de Paris, l’impétuosité du groupe des gens de couleur libres ne sachant qui devait être l’interlocuteur avec lequel on devait discuter de projets concrets et réfléchis concernant le futur, et l’impatience du groupe des Noirs esclaves grisé par sa découverte de la puissance du nombre, personne n’était en mesure de faire de propositions lucides qui tiendraient compte, à la fois des intérêts de Paris et de ceux de Fort-de-France. L’organisation post esclavagiste est issue d’une vente à la criée, dominée par les forts en gueule des différents groupes sous le regard fuite en avant d’une administration centrale dépassée.

Conclusion ?

Si, pour les Etasuniens, le 4 juillet est la victoire des Etats-Unis passés, présents et futurs, pour les Russes, le 17 octobre la victoire de la Russie, passée, présente et à venir, pour les Français le 14 juillet la victoire de la France passée, présente et à venir, pour les Martiniquais le 22 Mai est victoire de la Martinique du passé, pénalise le présent et rend incertain le futur. Il n’est pas source de joie, mais mur des lamentations.

Plus d’un siècle et demi plus tard, il n’y plus d’irréductibles, et, quand bien même il y en aurait, le présent les rappellerait à l’ordre. Pourtant, c’est chacun dans son coin que Nègres, békés, mulâtres, et même des zoreyes, continuent à crier « Vive la Martinique ». Affirment œuvrer et penser Martinique. Cela avec une évidente sincérité. Comment fédérer et mettre ce… patriotisme au service de la Martinique et des Martiniquais ?


Tony DELSHAM
Schœlcher, le 7 juin 2005

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