« Ma vision », par Rodilla CILOU

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Nous avons relevé ce texte dans la rubrique « Vous avez la parole » de l’édition du quotidien FRANCE-ANTILLES datée du mardi 02 février 2010. Il nous a semblé intéressant de publier ici le billet de cette lectrice, retraitée de la Fonction publique.

Ma vie à la Martinique, où je suis née, me permet d’assurer que le souvenir de l’esclavage ne hante pas toutes les couches de la population au point de la perturber… surtout pas celles qui n’ont aucune séquelle de cet abominable esclavage !

En effet, dans toutes les races, il y a à la Martinique de nombreuses familles bourgeoises très aisées, extrêmement nobles au niveau de leur moralité, de leur éducation, de leur culture voire de leur érudition, de leur classe sociale, de leur simplicité et de leur humanité, qui n’interviennent pas, par humilité, dans un tel débat.

Sans doute à cause du silence de ce grand nombre de gens bien élevés et sages, certains ont la bassesse de mettre interminablement l’accent sur la susceptibilité imbécile des Martiniquais, dans le cadre d’incitations au racisme, en rappelant l’esclavage voire l’existence oppressive et négative des békés.

Comme tout cela est primaire, dépassé et de mauvais goût ! Personnellement : béké, béké France, béké pays, mulâtre, nègre, câpre, chabin, etc. ne font pas partie de mon vocabulaire. Nous ne sommes pas des animaux ! Quand j’étais petite, je croyais que béké et nègre étaient des injures. J’aime mieux dire : Monsieur X, Madame Y et Mademoiselle Z et ils peuvent être de couleur et de niveau social différents. C’est là une question de respect.

Noire de peau, je ne peux m’empêcher de rire en pensant à mon enfance, mon adolescence et ma jeunesse, dorées et insouciantes, derrière les grilles du grand jardin de la maison familiale. Rien à voir avec ces minables histoires de traumatisme général dû à l’esclavage et aux « pots de peinture ». C’est d’un ridicule ! Nous n’en parlions jamais ! Quand comprendrons-nous enfin que tous : noirs, blancs, etc, nous ne sommes que de vulgaires bouts de viande, qui iront tous – sans exception – pourrir dans le même trou ! … Calmons-nous, nous ne sommes rien du tout !

Calmons-nous, disais-je, car dans la mesure où l’on n’est pas importuné, où l’on n’est pas lésé, peu importe le racisme des gens qui ont bien le droit d’aimer ceux qui leur plaisent, s’ils respectent ceux qui ne leur plaisent pas ! Liberté ! Bien sûr, s’il y a lieu de se défendre, cela peut facilement se faire avec calme, fermeté et courtoisie. C’est là une question d’éducation.

Essayons, essayons tous, chacun en ce qui nous concerne, d’élever le débat avec humilité et humanité. Respectons-nous, valorisons-nous pour sauver cette belle Martinique d’amour qui est à nous tous qui y sommes nés. Désormais, vivons dans la paix !

(Je rigole en pensant que, ne vivant avec vous que par la pensée, je tiens des propos de vieille… de la vieille que je suis devenue, depuis trente et un ans que j’ai quitté la Martinique).

Rodilla CILOU (née BETTAN) Retraitée de la Fonction publique

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