Que faire de notre identité aujourd’hui ?

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Inspecteur d’Académie à la retraite, membre de notre association, Madame Livie PIERRE-CHARLES propose notre métissage comme modèle d’interpénétration des différentes composantes ethniques peuplant un même territoire.

En ce tout début de 21ème siècle, la question identitaire s’inscrit dans les débats politiques. On l’a vu à propos du référendum organisé en Suisse le 29 novembre dernier, au sujet de l’implantation des minarets.

En France, plusieurs familles politiques s’emparent de la question de l’immigration – regardée comme une menace contre l’identité- à la veille d’élections régionales.

En d’autres termes, la sauvegarde de l’identité est devenue un enjeu d’importance.

Mais au fait, qu’est-ce donc que l’identité ?

Ses racines étymologiques (idem = semblable) donnent à penser qu’elle induit une idée de similitude, de ressemblance, idée qui apparaît par exemple dans l’expression : « parfaite identité de vues » entre deux interlocuteurs.

Mais, curieusement, elle signifie également « marquage des différences » par la recherche de caractéristiques spécifiques, propres à une personne ou à un groupe de personnes. Et ces caractéristiques sont variables à l’infini, parce qu’allant du phénotype aux manières d’être, en passant par le lieu de résidence, les croyances et habitudes, etc. etc. … rôle de différenciation d’ailleurs partiellement tenu par notre très officielle « carte d’identité », précieux sésame pour traverser les frontières à l’intérieur de l’Europe.

Selon Jacques ATTALI (in « l’Express » du 15 novembre 2009), six éléments identifient un peuple : territoire, culture, valeurs, histoire, destin commun. Sur ce point, s’agissant de nos rapports avec la France, certaines données sont à rappeler : si notre minuscule territoire insulaire situé en zone tropicale ne peut soutenir la comparaison avec un vaste espace hexagonal de climat tempéré, par contre, nous partageons la même culture, tout au moins la culture savante apprise à l’école et à l’université ; la même langue officielle, les mêmes valeurs dispensées par l’école républicaine, le même héritage judéo-chrétien, un fragment d’une même histoire, fût-elle douloureuse et pénible à évoquer.

L’on peut penser que d’autres éléments pourraient compléter la panoplie de Jacques ATTALI, comme par exemple la religion, le degré de métissage –qui nous concerne au plus haut point– et un faisceau d’habitudes venant des traditions culinaires, vestimentaires, langagières, architecturales, etc. etc. …

L’identité se présente donc comme la synthèse de composantes multiples reflétant l’originalité, la singularité d’un peuple.

Quels usages pouvons-nous faire de notre identité aujourd’hui ? Il semblerait qu’ils soient de deux sortes :

• ou bien, dans une perspective d’affrontement, l’on s’emploie à stigmatiser l’autre, le rejeter, le condamner. C’est l’attitude qui prévaut dans certains pays d’Europe à l’égard notamment du monde musulman, mais aussi chez nous (du moins dans certaines franges de la population) à l’encontre de la France, coupable d’avoir été –il est vrai- une puissance coloniale dans laquelle –très curieusement- nous avons exigé d’être intégrés par respect du principe d’égalité ! C’est l’un des paradoxes de notre histoire.

Cette logique de l’affrontement pousse à l’exaltation de la différence, à l’exacerbation de l’affirmation de soi, à l’évocation récurrente des souffrances du passé au nom du devoir de mémoire qui n’est autre qu’un procès en maltraitance instruit de façon constante à l’encontre de la France –dont par ailleurs on réclame les avantages !!

• ou bien, par souci de préparer l’avenir, faire de notre identité et de tout son contexte naturel (faune, flore) et culturel (traditions) une rampe de lancement pour notre économie (…).

Ce serait là une excellente occasion –avec un peu de volonté et d’imagination– d’affirmer de façon positive et sereine notre originalité, pour mieux la faire connaître à la face du monde, parler en somme au monde en lui proposant notamment notre métissage comme modèle d’interpénétration des différentes composantes ethniques peuplant un même territoire.

Cette orientation est inéluctable car notre identité n’est pas figée. Elle aura à intégrer forcément des éléments nouveaux et à subir les influences de la modernité (progrès technologiques, extension exponentielle des moyens de communication).

Cette vision de l’avenir n’est-elle pas plus exaltante que l’option stérile et paralysante d’un affrontement dont les ressorts se situent dans un passé révolu ?

Livie PIERRE-CHARLES

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Un commentaire

  1. L’identité, la belle affaire…

    Cette trop identifiable idée de soi, nous séparant souvent de l’essentiel de nous, conduit bien trop souvent au meurtre des espoirs.

    Qu’on s’en tienne au sextet cité, ou qu’on explore l’infini
    Il reste inéluctable dans ce monde bien fini
    Qu’en allant jusqu’au bout
    Se crée la grande Histoire des Hommes sur cette boule Territoire,

    Ainsi toute tentative de singularité
    Sauf à jouir de l’instant se trouve condamné
    A peine présenté défini différent
    Qu’on se trouve métissé face à l’échelle du temps

    Pourtant perdureront encore pour longtemps
    Les élans aveuglés vidés de vraies essences
    Qui conduisent au non sens
    De vouloir exister seulement comme différent

    Les drames qui en découlent jalonnent champs et temps
    Sans pourtant éclairer pas un faible instant

    Espoir se garde pourtant
    Perdu parfois mais vivant

    Bonne soirée

    Il est perdu l’espoir…

    Il est perdu l’espoir, de paix et d’Amitiés,
    Quand chacun se repaît, de reste d’humanité
    Il est perdu l’espoir, n’allez plus le chercher.
    Il ne reste qu’un trou noir, où se faire hacher.

    Il est perdu l’espoir, c’est peu de le hurler.
    Se faire candide d’un soir, ne peut le ramener.
    Et les joutes stupides se voient multipliées,
    Quand les tendres intrépides tentent de résister.

    Il est perdu l’espoir, et ça me laisse mauvais.
    A la table du soir il n’y a que déchets.
    La colère bouleverse, dans la peur de tomber
    Sous les balles qui traversent, l’âme de l’humanité.

    Il nous reste les yeux, la tête et les deux pieds.
    Les premiers à fermer, les deuxièmes à tourner,
    Les autres pour se tirer, devant les tourmentés.
    L’espoir est estropié le monde désemparé.

    Il mourut sous les balles, aux pieds des barbelés,
    Après un dernier râle, dans une barque surchargée,
    Quand voulurent se sauver, des humains acculés,
    Noyés avec l’espoir, dans le cœur enfermé.

    Pourtant on l’a revu, tel un phoenix cendré,
    Aux portes de la cité, découpé en quartiers,
    Entre les rêves débiles, tapis au creux des villes,
    Lassé d’avoir traîné, au cœur des bidonvilles.

    Il est perdu l’espoir, on n’a pu l’attraper,
    Malgré les cris levés et les pleurs déversés.
    Sous un mur yougoslave on cru bien le trouver
    Mais ce qu’il a subi l’a bien trop vite chassé

    Il est perdu l’espoir à peine retrouvé
    Quelque part dans le monde on le dit égaré
    Loin des débris immondes du manque d’humanité
    Il restera caché pour, qu’on puisse le chercher

    Il est perdu l’espoir c’est dans l’actualité
    Il est perdu l’espoir on ne peut le trouver
    Il est perdu l’espoir est ce pour l’éternité

    PS : Au moins il n’est pas mort…l’espoir

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