Oratoires de nos campagnes

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Oratoire du Marigot

Oratoire du Marigot

Gilles Denis DELAGE, ce Péléen qui nous a déjà ravis avec sa description nostalgique des “Débits de la Régie” de la Martinique et des “taxis-pays” des années 60, nous livre aujourd’hui un récit tout aussi sympathique à propos des oratoires qui ornent nos routes et leurs croisements.

http://www.touscreoles.fr/2013/05/11/debit-de-la-regie/

http://www.touscreoles.fr/2013/05/30/taxis-pays/ 

Encore un épisode d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, comme dit la chanson ! Retour sur notre histoire…

Les oratoires, ces petites chapelles badigeonnées à la chaux fleurissent nos chemins, nos routes et leurs croisements. Ils sont notre évangile au quotidien. Parait-il, ces structures sont nées à une époque où l’illettrisme, alors majoritaire, réclamait des supports visuels pour exalter la foi de la masse des fidèles.

Oratoire du Paquemar (Vauclin)

Oratoire du Paquemar (Vauclin)

Faut-il se rappeler que le mot « monument » vient du latin « monerer », qui signifie « avertir » : édifice donc qui frappe la vision et marque la mémoire. Autant de catéchisme en statues et images pour entretenir notre foi.

Chez-nous aussi, au Morne Rouge, la piété populaire, nécessairement, s’est accommodée de ces supports visuels. Ils sont là, dans nos campagnes, disséminés de L’Aileron à  Deux-Choux, de Parnasse à Savane Petit en passant par le Calvaire qui illustre, dans la pierre et la prière, la passion du Christ.

Ainsi, bougies allumées, ex-voto et chapelets animaient, le soir venu, le cœur de ces petites chapelles où se mélangeaient le spirituel et le temporel.

Mais aujourd’hui, d’où vient que ces oratoires s’éteignent et se refroidissent sous les végétaux. De rares flammes de bougies et de « bobèches » vacillent encore sous le brouillard et vent de L’Aileron, quand vient le soir.

Ces petites chapelles isolées ne sont pas là par hasard, m’indiquait un ami ; celle de la route de L’Aileron a une histoire : En réponse à un vœu, elle a été construite par une femme Béké qui ne pouvait avoir, du ciel, des enfants. Dieu entendit sa prière, elle fit à cheval trois fois le trajet pour prier, elle eut neuf enfants.

Ces autels sont désertés de nos jours, disais-je, la théologie du dépouillement de Vatican II serait-elle la cause ? Nos vieilles processionnent de moins en moins vers ces lieux pour mâcher leurs prières. Des missels et des cantiques se substituent aux bougies et allumettes. Les fidèles semblent s’éloigner du figuratif pour l’expression plus discrète d’une foi recueillie.

Encore, le 30 Août est là, au Morne Rouge, pour mélanger le sacré et l’humain. Des milliers de pèlerins convergent chez-nous, à Lourdes, sur le calvaire, à la Délivrande. Là où ces lieux de culte se rallument dans la cire, l’encens et l’eau bénite. Nos chapelles aussi profitent de ce bon jour pour retrouver leur éclat d’antan.

En vérité, notre théologie, ici, est sans « chichi ». Elle est loin de Rome et de ses fastes vaticanes ; nos oratoires, ces petites chapelles badigeonnées à la chaux qui fleurissent nos chemins, routes et leurs croisements, expriment une simplicité du cœur.

Pour ma part, il existe un de ces petits monuments non loin de chez-moi, dans mon quartier Savane-Hubert. Il garde depuis toujours la maison de madame MARTIAN. Il croupit aujourd’hui sous les pluies, lichen et limon. Sa flamme et ses Saints ont déserté avec les vents passants. Peut-être nous faudra-t-il le restaurer pour ainsi retrouver nos évangiles ?

Amen !…

Gilles Denis DELAGE

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