Ces enfants perdus de Panama

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Gérard CÉSAR (à gauche) et Joseph JOS

Gérard CÉSAR (à gauche) et Joseph JOS

C’est à guichets fermés –plus de 120 spectateurs- que le film-documentaire « Ces enfants perdus de Panama » a été projeté à l’initiative de notre association « Tous Créoles ! » jeudi 16 janvier 2014 à l’auditorium Max ÉLIZÉ de la CCIM de Fort-de-France. 

Écrit par Joseph JOS et réalisé par le journaliste Gérard CÉSAR en 2008, ce film retrace la douloureuse émigration de milliers d’Antillais –Guadeloupéens et Martiniquais- fuyant la misère en 1905 pour aller creuser de leur sueur et de leur sang le pharaonique canal de Panama. Nous sommes seulement trois ans après la catastrophe de la Montagne Pelée, et la Martinique tente de se reconstruire avec les pires difficultés.

Une vue du chantier

Une vue du chantier

Après l’échec cuisant du Français Ferdinand de LESSEPS, les Américains reprennent en 1904 le chantier du canal de Panama et recrutent à tour de bras dans toute la Caraïbe, car pour respecter leur planning, leurs besoins en main-d’œuvre sont de 60.000 à 75.000 ouvriers en permanence sur le chantier. Des crieurs publics sont envoyés dans les communes des différentes îles pour proposer des contrats de travail d’une durée de 500 jours au salaire quotidien de 0,90 $, avec garantie de rapatriement.

Et voilà que des dizaines de milliers de déshérités prennent la route de Panama, ne sachant même pas ce qu’est ce pays ni où il se situe. Peu en reviendront en réalité, car outre ceux qui y perdront la vie, la fin du chantier en 1914 correspondra avec l’entrée en guerre des États-Unis… et les fonds prévus pour financer le rapatriement des ouvriers seront utilisés pour financer le transfert des soldats US du Pacifique vers l’Atlantique et l’Europe ! C’est alors le début de l’installation à Panama d’une communauté antillaise qui y fera souche.

C’est sur cette toile de fond que Joseph JOS et Gérard CÉSAR ont recherché des destins individuels qui ont fait partie de cette histoire collective, qui est aussi un peu la nôtre. Et l’assistance a été surprise et touchée de découvrir des Panaméo-guadeloupéens ou Panaméo-martiniquais descendants de ces vagues d’émigrés, parlant encore créole et avec au fond du cœur une immense nostalgie de ces Antilles françaises de leurs parents, au point d’attendre avec impatience, chaque année, les cérémonies du 14-juillet. Et ce n’est pas sans émotion que nous les entendons fredonner « La Marseillaise » ou « Ban mwin an ti bô ».

Une assistance nombreuse et passionnée

Une assistance nombreuse et passionnée

En finale, un film émouvant sur un pan méconnu de notre histoire, que notre association cherchera à projeter non seulement une seconde fois ici à la Martinique, mais encore à Paris, dans le cadre des activités de notre section parisienne.

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Joseph JOS a été professeur de Lettres classiques à Paris et en Guadeloupe, puis chargé de cours de Littérature contemporaine à l’Université de Bordeaux et à celle des Antilles-Guyane. Il sera ensuite nommé conseiller culturel dans les ambassades de France au Panama et à Sao-Paulo, avant de rentrer au pays, la Martinique, où il sera notamment conseiller de recteurs, proviseur, etc. Dernier volet d’un parcours complexe et d’une expérience qui lui ont inspiré de nombreux essais littéraires et historiques.

Gérard CÉSAR est journaliste, grand reporteur et réalisateur. Il a été l’élève de Joseph JOS, qui lui remit un jour un exemplaire de son ouvrage « Guadeloupéens et Martiniquais au canal de Panama – Histoire d’une émigration ». Séduit par cette histoire mal connue, Gérard CÉSAR allait entamer avec son ancien professeur une démarche commune qui aboutira à ce film-documentaire qui nous interpelle.Panama couv livre Joseph Jos

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7 commentaires

  1. Merci à Tous créoles pour cette soirée documentaire sur nos compatriotes du Panama.
    Expérience historique et humaine de grande qualité. Débat très intéressant aussi.

    Merci encore et à bientôt
    Carole et Eric

  2. Merci pour le film de Mr Joseph JOS et Mr Gérard CÉSAR sur « Ces enfants perdus du Panama »
    Je pense qu’il serait très intéressant qu’il soit rediffusé sur une ou plusieurs TV car je suis persuadée que beaucoup de martiniquais ne l’ont pas vu et en seraient enrichis, et je le reverrai avec plaisir
    Je le souhaite vivement
    George EDRAGAS

  3. Marie-Blanche Carbety le

    on espère que ce film passera à la télévision pour toutes les personnes qui n’ont pas eu la possibilité d’aller voir le film jeudi…..Merci

  4. Alex Scholastique le

    Félicitations et remerciements de la soirée sur le Panama avec Joseph Jos

    Comme tout le monde j’avais entendu parler de cette épopée, mais de là à penser qu’il y a eu 20 000 victimes, qui venaient se rajouter aux 30 000 de la Pelée quelques années avant, tout cela rapporté à une population qui ne devait pas dépasser 200 000 personnes c’est proprement ahurissant !

    1848 n’était pas si loin que cela et il y a eu après 1914 et 1939 qui ont eu aussi leurs effets

    Je penses que nous avons là des preuves de résilience indiscutables

    Cela m’inspire deux réflexions

    La première est que l’on peut dire que pour une société qui a vécu tant d’évènements traumatisants en si peu de temps elle ne se porte pas trop mal

    La seconde est que en dépit du fait que les traumatismes et les souffrances ne peuvent pas se comparer nous disposons aujourd’hui de beaucoup plus d’atouts et l’on peut se demander pourquoi en 2014 nous ne pouvons pas faire mieux que ce que nous faisons

    Vaste débat !

    Alex Scholastique

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