Hommage à Paulette NARDAL (1896-1985)

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Paulette NARDAL vers 1920

Paulette NARDAL vers 1920

« Naître fille, en 1896, et dans la moyenne bourgeoisie noire, c’était se voir promise au seul destin « naturel » d’être femme : être surnuméraire, au mieux capable de sublimer le sort qui lui était prescrit », écrivait Roland SUVÉLOR dans le recueil Chants de la Martinique pour Chœurs Mixtes édité par la Chorale « Joie de Chanter ».

A l’occasion des 60 ans de la chorale, Daniel COMPÈRE, rédacteur en chef du Progressiste, nous propose ci-après un hommage à cette grande dame créole.

En ce mois de février 2014, il y a 39 ans que Paulette NARDAL a été conduite à « sa dernière demeure » en cortège à travers Fort-de-France. Cette grande dame de la Culture reste trop inconnue du grand public alors que son apport à notre reconnaissance sur la scène culturelle est conséquent.

Elle fut souvent première : aînée des sept filles de Paul NARDAL, premier ingénieur noir qui devint directeur des « Ponts et Chaussées », ancêtre des « Travaux Publics » transformés pas la suite en Direction de l’Équipement. C’est un mélomane et la famille baigne dans une ambiance musicale. En 1920, elle part à la Sorbonne étudier l’anglais et devient ainsi la première étudiante martiniquaise noire à y être admise. Diplômée et journaliste, elle fonde plus tard, dans son appartement de Clamart, avec certaines de ses sœurs, un salon littéraire où se côtoient le dimanche après-midi de futurs grands noms intellectuels noirs des Antilles, d’Amérique et des Caraïbes : Léopold SEDAR SENGHOR, Léon-Gontran DAMAS, Aimé CÉSAIRE, René MARAN, Jean PRICE-MARS, qui fondent ainsi une sorte d’Internationale noire.

Par la suite, cette pionnière de la Négritude crée la Revue du monde noir avec l’écrivain haïtien Léo SAJOUS. Puis elle devient secrétaire du parlementaire socialiste martiniquais Joseph LAGROSILLIÈRE avant de se rendre au Sénégal en 1937. En 1939, un sous-marin allemand torpille le navire sur lequel elle voyage et le coule ; Paulette est sauvée de la noyade par une chaloupe, mais est gravement blessée aux jambes et reste infirme. En 1944, elle part comme interprète travailler aux Nations-Unies, à New York. Elle y côtoie des Noirs américains de toutes conditions et en ramènera son intérêt pour les negro spirituals, ces chants de la souffrance des esclaves sur les plantations. En 1945, elle crée le Rassemblement féminin, dont l’action civique vise à convaincre les femmes d’exercer leur droit de vote (récemment acquis) aux élections du 20 avril. Pionnière de la cause noire, elle rédige un historique des traditions musicales des campagnes martiniquaises et contribue à réhabiliter les rythmes du bèlè et du ladjia. 

Elle fonde alors, avec une quinzaine de jeunes gens de la Jeunesse Étudiante Chrétienne, une chorale qui prendra plus tard le nom de Joie de Chanter. Son répertoire est, évidemment, centré sur les negro spirituals, dont elle devient la spécialiste. Elle introduit dans le chant choral le tambour. D’où la surprise, voire le malaise de certains paroissiens passant dans la paisible rue Schoelcher à l’issue de la messe dominicale à la Cathédrale. Ce groupe vocal offre son premier concert le 3 février 1954 à Fort-de-France. Ses répétitions avaient lieu le dimanche matin au 83 de la rue Schoelcher, dans le salon de Paulette. Les choristes repoussaient le tapis et plaçaient le piano où s’installait celle que, progressivement et avec grande affection, ses choristes appelleront « Tante Paulette ».

En 1976, âgée de 80 ans, elle transmet le flambeau à l’un de ses « élèves » du pupitre des basses : Jacques CATAYÉE, qui depuis dirige la chorale et contribue à étendre son répertoire au monde entier et à toutes les musiques. Pour ce 60e anniversaire, la chorale prépare plusieurs manifestations en 2014, dont un grand concert « international ».

La Ville de Fort-de-France a honoré cette grande dame en attribuant son nom à l’ancienne place de l’Asile, à la gare routière ; mais la plaque portant son nom reste peu visible et une autre initiative sera sûrement prise cette année ou l’année prochaine. En effet, nos grands « hommes » doivent être mieux honorés, tant des Martiniquais que de nos visiteurs, qui pourraient s’arrêter devant un « monument », même discret, leur permettant de mieux connaître notre histoire.

Daniel COMPÈRE

En savoir + sur Paulette NARDAL : http://www.associationarchive.com/?page=persos&ID_perso=59

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