Devoir de mémoire, devoir d’histoire, devoir de silence

0
L'accolade entre le chancelier Konrad ADENAUER et le général Charles de GAULLE

L’accolade entre le chancelier Konrad ADENAUER et le général Charles de GAULLE

Enseignant aujourd’hui retraité au François (Martinique), M. Georges THOMAS a publié ce billet le 26 mars dernier sur France-Antilles. Lucide et courageuse, son analyse est également empreinte d’une grande sagesse.

Elle rejoint en tout cas ce que nous pensons : trop nombreux sont nos « intellectuels » -outre certains politiciens et syndicalistes- qui cultivent à plaisir la haine et la victimisation. Allons-nous passer notre vie à juger et à haïr ? Tel un poison violent ou la queue d’un scorpion, cette haine se retourne sur les haineux. 
Devoir de mémoire, devoir d’histoire, devoir de silence
Beaucoup parlent de devoir de mémoire, que l’on confond avec le devoir d’histoire. Il faut savoir : c’est le rôle de l’histoire ; il faut se souvenir : c’est le rôle de la mémoire. Mais l’histoire unit car elle juge suivant les critères de l’époque dont elle parle, et la mémoire divise car elle juge suivant les critères de l’époque actuelle, qui varient selon les idéologies et qui ont trop tendance souvent à s’ériger en tribunal correctionnel avec présomption de culpabilité.
Ce qui était dans la légalité hier ne l’est plus aujourd’hui et la légalité d’aujourd’hui ne sera forcément pas dans celle de demain. Mais il y a un autre devoir, sinon de l’oubli (ce n’est pas possible), c’est le devoir du silence. Après trois guerres dévastatrices qui ont fait couler des fleuves de sang d’un côté comme dans l’autre, sans oublier la barbarie monstrueuse des nazis, deux hommes d’exception : le Général de GAULLE et ADENAUER ont dit : « cela suffit » et ils se sont serré la main par-dessus le Rhin et ont claironné « l’heure de la paix et de la réconciliation franco-allemande a sonné » et une chape de silence s’est abattue sur l’Europe, qui a fait d’elle un havre de fraternité et de paix unique dans le monde ébloui*.
Chez nous le passé ne passe pas. Les historiens, ce sont des commémorateurs de sang versé. Ils déterrent les morts et réveillent les vieux démons du passé avec toujours en filigrane l’esclavage, dans l’espoir, peut-être, que la jeune génération partage la haine de leurs aînés. Leur mot d’ordre est « ne jamais oublier, ne jamais pardonner » . Ils sont focalisés sur l’aspect négatif en priorité. Leurs thèmes de prédilection sont « blancs contre noirs » , « patrons contre ouvriers » , « riches contre pauvres » , « émeutiers contre service de l’ordre » . Bref, la lutte des classes, séquelle de la révolution française de 1789.
En cas d’émeutes, l’équation est simple, un noir abat un noir (fait divers), un blanc abat un blanc (fait divers), un blanc abat un noir (fait historique), un noir abat un blanc (fait divers) même si ce dernier est un policier blanc blessé ou tué au cours d’un contrôle routier dans le cadre des opérations de sécurité de la population contre les chauffards alcooliques ou drogués.
NOUS SOMMES ASSIS SUR UNE POUDRIÈRE…
Plus démonstratif encore : au cours des émeutes en Guadeloupe en 2009, un syndicaliste antillais a été abattu : la rumeur gronde d’abord, rampante, comme un racisme à rebours puis, grimpante, la colère grossit prête à châtier le coupable, les jurons commencent à pleuvoir, le mot lynchage fuse dans l’hystérie collective. Et la vérité éclate, ce n’est qu’un Antillais noir qui a abattu le syndicaliste. Quel dommage! Tout s’écroule comme un château de cartes (fait divers). Imaginez une seconde que ce fut un policier blanc métropolitain ou, pire encore, un béké qui avait abattu le syndicaliste. Quelle belle page d’histoire perdue! Que de pillages! Que de braquages, que d’innocents auraient été victimes des émeutiers! C’est toujours le même scénario en cas d’émeute.
Nous sommes assis sur une poudrière et l’on s’amuse à jouer avec des allumettes !
Chez nous on déterre les morts comme s’il n’y avait pas suffisamment de fractures entre les vivants, pour nous dresser les uns contre les autres. Il ne faut pas désespérer, un jour, de voir chaque commune avec des stèles mortuaires pour commémorer les victimes noires (toujours innocentes) abattues par des services d’ordre (toujours coupables). Cela va de soi.
La Martinique assoiffée de sang et de vengeance ne sera qu’un vaste cimetière. Nous voulons la sécurité, mais nous sommes le seul département à n’avoir pas de CRS. Personne n’a fait le lien entre le départ des CRS et l’insécurité qui explose. Les yeux dans le rétroviseur, le nez dans le guidon, c’est le plus sûr moyen d’aller droit dans le mur.
Ce qui compte dans la vie d’un homme ce n’est pas d’où il sort, mais où il va. Ton avenir qui dure longtemps est dans ton sourire et pas dans ton grognement.
Haïti c’était la plus riche des colonies françaises, aujourd’hui c’est la plus pauvre de la planète, qui compte sur l’aide humanitaire pour survivre et dont les ressortissants dans les boat-people errent sur l’océan à la recherche désespérée d’une patrie d’adoption. Il y a beaucoup de similitude entre la population haïtienne et la nôtre, surtout dans le fétichisme du passé ancestral africain et dans la haine raciale. Si la haine raciale doit répondre à la haine, quand donc finira la haine ? Comme dit l’adage populaire créole : « bab kanmarad nou pri difé, rozé ta nou » .
Georges THOMAS, enseignant. Le François
Partager

Poster un commentaire

Time limit is exhausted. Please reload the CAPTCHA.