La conférence-débat d’Alain MABANCKOU à l’invitation de « Tous Créoles ! »

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Le nombreux public

Le nombreux public

Traditionnellement, pour clôturer son Assemblée générale annuelle sur un appel à la réflexion, notre association « Tous Créoles ! » invite chaque année un conférencier de renom à prendre la parole.

Cette partie de l’Assemblée est publique, l’entrée est libre, chacun étant invité à s’y exprimer dans un esprit de dialogue et d’ouverture.

En 2011, le professeur émérite des universités Jean BERNABÉ avait proposé le thème « Des arcanes de l’imaginaire colonial aux chemins d’une décolonisation mentale : les enjeux possibles de l’association Tous Créoles ».

En 2012, le psychologue guadeloupéen Errol NUISSIER avait développé de sa propre initiative le sujet « Notre société créole en 2012 : mythes et réalités ».

En 2013, Maître Danièle MARCELINE, avocate, présidente du SERMAC, avait magistralement animé une conférence-débat sur le thème « Osons la Martinique », qu’elle avait librement choisi.

Alain MABANCKOU

Alain MABANCKOU

En cette année 2014, nous avons invité le célèbre écrivain franco-congolais Alain MABANCKOU, prix Renaudot 2006, à être notre conférencier, ce qu’il a accepté avec générosité, n’ayant demandé aucun honoraire pour son intervention, hormis bien entendu la prise en charge de son billet d’avion et de son hébergement. N’ayant pas la prétention de fixer à cette personnalité d’envergure le sujet de son exposé, c’est Monsieur MABANCKOU lui-même, d’ailleurs comme pour nos conférenciers précédents, qui a défini le thème et le titre de son intervention, qui lui semblaient appropriés à la problématique sociétale antillaise que nous lui avions exposée. C’est ainsi qu’il nous a proposé « Pour en finir avec le sanglot de l’Homme noir ». Un intitulé bien entendu directement dérivé de l’ouvrage qu’il avait publié en 2012, dans lequel il définissait alors le terme « Sanglot de l’Homme noir » comme « la tendance qui pousse certains Africains à n’expliquer les malheurs du continent noir – tous ses malheurs – qu’à travers le prisme de la rencontre avec l’Europe en alimentant sans relâche la haine envers l’Occident, le Blanc, comme si la vengeance pouvait résorber les ignominies de l’Histoire et rendre aux Africains la prétendue fierté que l’Europe aurait violée. »

L’une de nos vice-présidentes, Livie PIERRE-CHARLES, a tout d’abord dressé un portrait succinct mais fidèle de notre conférencier, rappelant ses nombreux prix littéraires, avant de lui transmettre le micro. Et rapidement nous comprenons sa démarche : refusant d’être un spectateur stérile de l’Histoire, Alain MABANCKOU se défend pour autant d’être « la gomme chargée d’effacer les stigmates du passé, encore moins le chirurgien esthétique spécialisé dans le lifting et le maquillage artistique de l’Histoire. »

Lire ici la présentation faite par Livie PIERRE-CHARLES : Présentation Alain MABANCKOU

Par son extrême courtoisie, par sa sagesse, son esprit d’ouverture et son besoin d’interroger comme celui de comprendre, Alain MABANCKOU a littéralement séduit le nombreux public –plus de 200 personnes !- venu l’écouter ce samedi 14 juin 2014 à l’Auditorium de l’hôtel Batelière à Schœlcher (Martinique). Et la façon dont il a déstabilisé avec calme et sérénité -avec intelligence- ses quelques contradicteurs en dit long sur ses talents. L’émotion était forte, d’entendre ainsi un homme aussi libre d’esprit, aussi soucieux d’équilibre et d’équité, aussi humble.

Fidèle à son esprit de dialogue et d’échange, notre association a ensuite largement donné la parole au public, qui a pu ainsi librement s’exprimer ou poser des questions au conférencier. Un regret, cependant : que certains intervenants se soient trompés de débat, profitant du temps de parole qui leur était offert pour tenter de dénoncer de la part de « Tous Créoles ! » une volonté « à vouloir faire la paix au sujet du passé, de l’esclavage, de la plainte. » Il y en a donc qui avouent ouvertement se complaire dans le conflit et le sanglot ! En fait, un noyau ultra-minoritaire mais très bruyant, qui ne veut pas entendre parler de relations harmonieuses entre les différentes composantes de notre communauté créole. C’est bien triste, mais enfin c’est leur choix…

Notre association « Tous Créoles ! » est en tout cas particulièrement fière d’avoir pu permettre à cet auteur prestigieux de venir dans notre île, non pas pour distribuer des leçons ou des bons points, mais bien pour nous aider à trouver ensemble « quelques pistes de réflexion avec, évidemment, la particularité liée à notre île, à notre histoire et à notre structure sociale. »

Notre démarche de vouloir rassembler les Martiniquais autour d’une mémoire partagée, dans une perspective de résilience collective, est plus que jamais sortie renforcée de cette rencontre avec Monsieur Alain MABANCKOU.

Lire ici l’intervention d’Alain MABANCKOU : Pour en finir avec le sanglot de l’Homme noir

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2 commentaires

  1. Toute bonne action est perfectible et a toujours le mérite d’exister et toute action doit pouvoir faire l’objet de critiques. C’est à ces conditions -en associant des idées aux autres- que l’on pourra peut-être, je l’espère, apporter à d’autres la capacité de produire des nombreux consensus, raisonnés et raisonnables, desquels chacun de nous pourra tirer les fruits de ce formidable travail de dimension humaine, avec un grand H.
    Alexandre Dumas n’aurait pas dit mieux : Un pour tous, tous pour un.
    Un bon leitmotiv pour fonder et asseoir les bases d’une « cohésion sociale » durable et partagée.
    Denis DEGRAS 18 juin 2014

  2. Marie-andrée Ciprut-Armède le

    Je regrette vraiment de n’avoir pas été à la Martinique ce jour là !…
    Alain Mabanckou fut fidèle à lui-même. Je lui ai fait entièrement confiance et ne fus nullement étonnée, comme l’a si bien dit Livie Pierre-Charles (pierrotine comme moi, qui ai bien connu le 1er maire de St Pierre et toute sa famille), par sa façon de déstabiliser « avec calme et sérénité – avec intelligence – ses quelques contradicteurs, (ce qui) en dit long sur ses talents ». Franco-congolais ayant vécu hors de chez lui depuis des lustres, il fait partie de ces personnes qui, de par leur identité rhizome ou banian, sont amenées à devenir les moteurs d’une « créolisation » du monde. A mon petit niveau, martiniquaise franco-suisse, je le suis dans cette mission qui est l’un des buts de mon existence nomade, additionnant les acquis des rencontres qui m’enrichissent, sans toutefois me perdre ni me multiplier…

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