Alex en mission humanitaire au Tchad !

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Alex SCHOLASTIQUE

Alex SCHOLASTIQUE

Notre ami Alex SCHOLASTIQUE, administrateur de notre association « Tous Créoles ! », a été appelé par MSF (Médecins sans Frontières) courant septembre 2015, afin de superviser durant trois mois la logistique d’une mission humanitaire au Tchad, destinée à lutter contre le paludisme dans l’intérieur du pays. 

Alex n’est pas médecin ni infirmier, mais pour que ces derniers puissent travailler efficacement, il faut leur assurer toute la logistique (eau, électricité, communications, tentes, approvisionnement en médicaments, etc.). Durant une grande partie de sa carrière professionnelle, Alex SCHOLASTIQUE a fait de la logistique, donc cela est fort précieux pour MSF.

 À l’annonce de son départ, tout en regrettant son absence temporaire au sein de notre Conseil d’administration, nous lui avons fait part de notre grande fierté d’avoir quelqu’un de sa qualité dans nos rangs, et lui avons adressé nos amicales félicitations pour cette mission qui ne manquerait pas d’être une aventure humaine exceptionnelle. Il aurait beaucoup à nous raconter à son retour ! 

Mais après seulement quelques semaines de présence en Afrique, sans attendre son retour au pays, Alex nous a adressé ses premières impressions, illustrées de plusieurs photos, et nous avons grand plaisir de vous diffuser ici son premier témoignage, important à plus d’un titre.

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Bonjour à tous,

Je viens vous donner quelques nouvelles de mon « aventure » avec MSF au Tchad. J’avoue que j’ai du mal à trouver les mots pour transmettre tout ce que je vois, je sens, je vis, je ressens tous les jours. De plus, il est un peu difficile de faire des photos pour de multiples raisons. Je vais quand même essayer de vous donner une petite idée.

J’avoue que j’ai du mal à imaginer comment je vais faire à mon retour à Paris puis en Martinique : vu d’ici, beaucoup de choses qui se passent chez nous paraissent futiles, déplacées, injustes. Vu ce que je côtoie ici tous les jours, je ne sais pas si je pourrai me réinsérer dans la stupidité de la France en général et de la Martinique en particulier. Il faut vraiment être des enfants gâtés pour avoir le temps de développer certaines stupidités et faire preuve de tant de haine.

Pour ceux qui veulent regarder sur Internet, je me trouve à Moïssala au sud du Tchad, à proximité de la frontière avec la République Centrafricaine et pas très loin non plus du Cameroun.

Village au Tchad

Village au Tchad

MSF a 2 activités sur place : d’abord un hôpital principalement dédié à soigner les enfants atteints par le paludisme. Dans cette région, le paludisme est très répandu et très violent, bien plus que dans d’autres parties du monde. Même des Africains qui n’ont jamais été atteints chez eux en souffrent ici. Les moustiques sont minuscules, silencieux et personnellement je ne sens pas leurs piqures, mais pourtant beaucoup de personnes, même natives de la région, souffrent très fort du paludisme. Ensuite pendant le pic de développement de la maladie, c’est à dire les mois pluvieux de Juillet, Août, Septembre et Octobre, des équipes vont dans tous les villages distribuer des médicaments pour les enfants de 0 à 5 ans qui sont les plus vulnérables. Pendant la même période, des vaccinations comme la rougeole ou la polio sont effectuées. Il y a en fait 4 passages de ces équipes, et à chacun des passages ce sont environ 100 000 enfants qui sont traités. En plus du paludisme, ces enfants sont souvent atteints de malnutrition.

Pour effectuer ces opérations il faut recruter du personnel, le former et ensuite répartir dans plus de 150 points de distribution des médicaments et quelques équipements. Pour les vaccins c’est un peu plus compliqué, puisqu’il faut les maintenir entre 2 et 8°C en permanence ; nous utilisons pour cela de grosses glacières remplies d’accumulateurs de froid.

Le climat est assez rude, puisque le matin il faut 20° C au soleil, et à 12H00 entre 50 et 60 °C. Le taux d’humidité est bien entendu très élevé.

Une "route"

Une « route »…

La région -comme la plus grande partie du Tchad- est dépourvue de tout : il y a quelques écoles, il n’y a ni eau ni électricité ni téléphone, ni traitement des déchets de toutes sortes. Moïssala est une zone urbaine de plus de 20 000 habitants, où toutes les routes et les rues sont en terre, sans aucun aménagement.

Je vous joins quelques photos qui donnent une idée des maisons des villages et des routes qu’il faut emprunter pour aller dans les différents coins où sont les points de distribution. Il y a 2 médecins dans toute la zone ! Il y a quelques centres de santé qui sont des sortes de dispensaires, comme on a connu dans les années 50 en Martinique, mais en beaucoup plus sommaire. Le responsable de ces centres est souvent un infirmier, parfois un simple aide-soignant.

Il y a très peu de véhicules. En fait, ce sont essentiellement des véhicules des ONG ou des agences de l’ONU. Pour faire une référence au scandale Volskwagen, les déplacements se font à l’aide de 4 x 4 Toyota Land Cruiser : ce sont de gros moteurs anciens de 4200 cc de cylindrée, sans turbo ni filtres d’aucune sorte, qui ne sont plus homologués en Europe ou aux États-Unis. Le gasoil est de très mauvaise qualité, contenant notamment beaucoup plus de souffre que celui vendu en France. Donc en matière de pollution, c’est loin d’être bien !

La possession d’une bicyclette est déjà un luxe ! Les couches les plus riches de la population utilisent de petites motos de 125 cm3, le plus souvent d’origine chinoise. Ces mêmes motos servent de taxis, d’ambulances, de transports de marchandises.

La valeur de la monnaie est 1 Euro pour 650 FCFA. Un bon salaire est d’environ 300 000 FCFA, je vous laisse faire le calcul…

La région est réputée être calme. En fait, c’est un calme qui me semble très précaire. La population est en partie chrétienne, en partie musulmane. On sent en permanence qu’ils s’observent, et qu’en fait les chrétiens se méfient des musulmans et que ces derniers sont mal à l’aise avec tout ce qui se passe ailleurs. Il ne faudrait pas grand-chose pour mettre le feu aux poudres !

Des cases traditionnelles

Des cases traditionnelles

Il y a également des incursions des rebelles des pays voisins et en particulier de la République Centrafricaine.

Pour donner une idée de la pauvreté, on peut se référer à l’IDH (Indice de Développement humain) qui prend en compte le PIB du pays, mais également l’accès à la justice, à l’éducation, à la santé, etc.

En 2012 le classement mondial était le suivant :

  1. Norvège, 0,955
  2. Australie, 0,938
  3. États-Unis, 0,937
  4. Hollande, 0,921
  5. Allemagne, 0,920

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20. France, 0,893 (la Martinique était à 0,814 et les spécialistes disent qu’avec un tel chiffre cela signifie que notre île accuse 20 ans de retard sur la moyenne France)

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  1. Cameroun, 0,495

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  1. Haïti, 0,456

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  1. Tchad, 0,340

Il n’y a que 3 pays moins bien placés que le Tchad ! C’est vrai que la différence avec Haïti, surtout au niveau des infrastructures, est énorme. Il n’y a quasiment rien, et pourtant les gens survivent, trouvent la force de faire des enfants, de rire, de s’amuser, de vivre.

J’en arrive à me demander si finalement la question la plus grave pour l’avenir du monde n’est pas cette énorme différence entre ces personnes que je côtoie tous les jours, et les habitants de pays comme le nôtre. J’en arrive à me dire qu’il faudrait envoyer des Français en général et des Martiniquais en particulier vivre pendant quelques semaines dans les cases ici, que les femmes occidentales voient à quelle misère et à quelle violence leurs consœurs africaines sont soumises.

Je ne suis ni pessimiste ni déprimé, mais sincèrement je ne m’attendais pas à un tel degré de dénuement dans tous les domaines. J’ai vraiment l’impression que ce que nous faisons ici n’est qu’une goutte d’eau dans un immense océan.

Voilà un bref résumé, mais à mon retour nous aurons l’occasion d’échanger plus sur le sujet.

À bientôt !

Alex SCHOLASTIQUE

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