Les ACHILLE et les NARDAL, deux familles martiniquaises d’exception

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Me. Catherine MARCELINE

Me. Catherine MARCELINE

Digne fille de Maître Danielle MARCELINE, avocate renommée, qui a été adjointe au maire de Fort-de-France, présidente du SERMAC, il convient de constater que Catherine MARCELINE a su se faire un prénom. Elle est une jeune femme brillante et active, avocate de formation, titulaire d’un DEA d’Histoire et d’Archéologie africaines. 

Par ailleurs médiateur et passionnée d’histoire, Catherine MARCELINE observe de façon avisée et attentive notre société antillaise. Elle nous invite ici à découvrir ses dernières recherches, relatives à deux grandes familles martiniquaises qui, par l’excellence et la diversité des parcours de leurs membres, ont contribué à la richesse de notre société martiniquaise. Et qui constituent un élément fort de notre patrimoine créole.

« Tous Créoles ! » avait invité Maître Catherine MARCELINE à présenter ses travaux devant les membres et sympathisants de notre association le jeudi 5 novembre dernier dans la salle du Conseil municipal de la ville de Schœlcher, aimablement mise à notre disposition par la municipalité. Salle comble, pour l’occasion !

Nous vous invitons à découvrir ci-après l’intéressant exposé que nous a offert ce soir-là Maître Catherine MARCELINE.

Chers Amis,

Je tiens à remercier particulièrement Monsieur Roger de JAHAM, Madame Nicole DESBOIS et les membres de l’association TOUS CRÉOLES, pour l’opportunité qu’ils me donnent de pouvoir échanger avec vous ce soir sur ce sujet passionnant.

Le point de départ de ce travail de recherche est le projet d’écriture de la biographie de Christiane EDA–PIERRE, « EDA », première cantatrice noire de France et la seule à avoir eu un rayonnement international.

Christiane EDA–PIERRE naît à la Martinique le 24 mars 1932, riche d’un héritage intellectuel familial considérable, notamment par sa mère Alice, fille de Paul NARDAL et de son épouse Louise, née ACHILLE.

L’héritage NARDAL 

Louise et Paul NARDAL

Louise et Paul NARDAL

Paul NARDAL, le grand-père

Paul NARDAL, né en 1864, soit quelques années après l’abolition de l’esclavage, est un garçon brillant qui, à force de travail et de persévérance, sera le premier noir à décrocher une bourse pour l’École des Arts et Métiers à Paris.

L’histoire familiale raconte qu’il reçut une lettre de félicitations de Victor SCHOELCHER lui-même !

Premier ingénieur noir en travaux publics, Paul NARDAL exercera pendant 45 ans au Service colonial des Travaux Publics durant lesquels il aura l’occasion de réaliser plusieurs ouvrages dont certains sont encore visibles : le Réservoir de l’Evêché et le Pont Absalon à Fort de France ainsi qu’une partie de l’Église de Ducos, partiellement détruite en 1903 par un cyclone.

Durant ses années de service, Paul NARDAL enseigne également les mathématiques et la physique, formant ainsi des générations d’ingénieurs martiniquais. Paul NARDAL terminera sa carrière en qualité de chef du service des Eaux et Assainissements et laissera le souvenir d’un homme de très grande qualité et particulièrement bon.

La République reconnaîtra la qualité de cet homme, qui recevra les Palmes Académiques et la Légion d’Honneur. Une rue porte aujourd’hui son nom à Fort de France : elle longe le Parc Floral Aimé CÉSAIRE et le Canal Levassor pour se terminer à la Croix-Mission.

Louise ACHILLE, la grand-mère

Louise ACHILLE naît le 2 juillet 1869 dans une famille de mulâtres. Elle est la fille de Louis–Thomas ACHILLE, huissier de Justice dans la commune du Lamentin, qui épousera la demoiselle Elisabeth Mérope CHARLES–JOSEPH-JULIE.

Louise a deux frères, Louis et Louis Paterne, dont les destins seront également remarquables.

Louise ACHILLE est une pianiste de talent. C’était également une femme très pieuse et qui, bien avant la naissance de ses filles, s’est impliquée dans la vie de la Cité.

Tout d’abord dans des sociétés mutualistes telles que la Société des Dames de Saint–Louis, qui vient en aide aux femmes de 18 à 50 ans et à leurs enfants. Louise ACHILLE s’occupe également des personnes âgées à l’Asile des vieillards de Bethléem, à L’OUVROIR, institution destinée à accueillir de jeunes orphelines désargentées ou encore à l’orphelinat de LA RUCHE. Elle est aussi visiteuse de prison.

Malgré son énorme travail sur le plan social, elle n’a laissé son nom sur aucun édifice, ni reçu de distinction et, aujourd’hui, peu de gens savent tout ce qu’elle a contribué à construire pour le tissu social à la Martinique.

Le couple NARDAL – ACHILLE

Paul et Louise NARDAL n’avaient pas seulement une conception élevée du service et du don de soi, c’étaient également des personnes très cultivées. Le couple tenait salon dans la maison de la rue Schœlcher et recevait des personnalités d’un peu partout de la Caraïbe.

Paulette, leur fille aînée, dira « Nous étions baignés dans la musique… j’étais toujours entourée de jeunes qui s’intéressaient à l’art, mes parents organisaient des concerts et animaient des stages de musique… merci à nos parents, nous étions plongés dans une ambiance de foi et de beauté intérieure ».

C’est probablement dans cette ambiance chaleureuse de culture que Paulette, ses sœurs Jeanne, André et les autres, se sont ouvertes à ces échanges cosmopolites qu’elles reproduiront par la suite dans leur maison de Clamart.

Alice NARDAL

Alice est la troisième des sœurs NARDAL et, très jeune, elle part faire des études de musique à Paris. Elle y reste de 1923 à 1930, période durant laquelle elle est très impliquée dans ce qui sera plus tard le « Salon de Clamart », créé par ses sœurs Paulette, Jeanne et Andrée.

De retour à la Martinique, elle enseigne au Lycée Schœlcher et crée une chorale de garçons.

Elle épouse Wilhem EDA–PIERRE mais devient veuve très tôt. Alice aura deux enfants, Christiane, future soprano, et Jacques, surnommé Jacky, qui sera professeur agrégé d’anglais.CHRISTIANE EDA PIERRE

Pianiste accomplie et professeur d’une rare pédagogie, Alice NARDAL a formé des générations d’élèves qui se souviennent avec émotion des cours de celle que l’on surnommait affectueusement « Tante Alice ». Grande musicienne, elle a beaucoup aidé Paulette avec la Chorale « JOIE DE CHANTER ».

Avec fierté et amour, Alice NARDAL a pu suivre le parcours de sa fille, ne perdant aucune étape de celui–ci.

Paulette-Nardal

Paulette NARDAL

Paulette NARDAL et les « Sœurs NARDAL »

La plus célèbre et l’aînée de celles que l’on va appeler les « Sœurs NARDAL » est Paule, surnommée Paulette. Après le Pensionnat Colonial, Paulette étudie à la Sorbonne où, première étudiante noire martiniquaise, elle présente sa thèse sur Harriet BEECHER STOWE, femme de lettres et abolitionniste américaine, auteure de « La case de l’Oncle Tom ».

Paulette sera par la suite la secrétaire parlementaire de Joseph LAGROSILLIÈRE, père du socialisme martiniquais, puis celle du député sénégalais Galandou DIOUF.

C’est en 1929, avec ses sœurs Jeanne et Andrée, la dernière des sœurs NARDAL, qu’elle ouvre les portes du Salon de Clamart à ses amis et visiteurs du monde entier.

Jeanne NARDAL

Jeanne, la quatrième des sœurs NARDAL, après Alice la mère de Christiane, professeur de lettres classiques ayant fait ses études à la Sorbonne, est considérée comme l’originale de la famille mais est également la plus brillante.

Passionnée par la musique sacrée noire américaine, elle organisera à la Martinique une conférence sur « Le Chant Nègre aux États–Unis : les Spirituals afro–américains et le Blues ».

Andrée NARDAL

Andrée, la dernière des sœurs NARDAL, est également une pianiste de talent, tout en ayant déjà une plume très sûre pour son jeune âge.

C’est une jeune femme d’une très grande beauté, ce qui lui vaudra plusieurs demandes en mariage dont celle de Léopold SÉDAR SENGHOR lui–même, qu’elle refusera au grand mécontentement de ce dernier ! Andrée épousera Roland RENÉ–BOISNEUF, issu d’une très grande famille d’intellectuels guadeloupéens, dont le père, Achille, sera député de la Guadeloupe après avoir été maire de Pointe à Pitre. Elle mourra malheureusement quelques jours après son mariage, emportée par un mal mystérieux à la Guadeloupe, où elle était partie s’installer avec son époux.

Le Salon de Clamart sera un salon multiculturel, recevant l’élite de la diaspora noire, d’origines et de nationalités différentes.

REVUE DU MONDE NOIRPaulette NARDAL est à l’avant–garde et crée, avec d’autres, la REVUE DU MONDE NOIR, revue bilingue en anglais-français, qui se fixe notamment pour objectif de « Donner à l’élite intellectuelle de la Race Noire et aux amis des Noirs un organe où publier leurs œuvres artistiques, littéraires et scientifiques, et de créer entre les Noirs du monde entier, sans distinction de nationalité, un lien intellectuel et moral qui leur permette (…) de défendre plus efficacement leurs intérêts collectifs et d’illustrer leur Race ». 

Tout comme leur sœur Paulette, Jeanne et Andrée seront des contributrices de la revue, avec leur cousin germain Louis–Thomas ACHILLE.

Les premiers textes paraissent en 1931 mais la publication ne dure qu’un an, faute de moyens financiers. Paulette écrit beaucoup et le Salon de Clamart devient un passage obligé pour toute l’élite du monde noir. C’est là que naît une véritable conscience noire en France, que l’on peut mettre en relation avec le mouvement « Harlem Renaissance » des intellectuels et artistes noirs américains aux États–Unis.

Parmi les intellectuels qui fréquentent ces lieux, il y a Aimé CÉSAIRE et Léopold SÉDAR SENGHOR, Nicolas GUILLEN, René MARAN (auteur de Batouala, Prix Goncourt en 1921), Léon–Gontran DAMAS, Jean Price MARS. Il y a également des artistes tels que la célèbre cantatrice noire américaine, Marian ANDERSON. L’activiste Marcus GARVEY, l’un des fondateurs du mouvement Rastafari à la Jamaïque, fréquente, lui–aussi, le Salon de Clamart. C’est là que naîtra le concept de la Négritude. Aujourd’hui, il est impossible de ne pas restituer à Paulette NARDAL la maternité de la Négritude qui fut, par ailleurs, l’objet d’un combat militant porté par d’autres.

Paulette NARDAL est également connue pour ses écrits progressistes sur la condition de la femme.

En 1939, la guerre éclate alors que Paulette est en séjour à la Martinique. Elle décide de rentrer en France, et se retrouve grièvement blessée lors du torpillage de son bateau par les Allemands, à l’approche des côtes. Paulette passera onze mois dans un l’hôpital en Angleterre, à Plymouth, et restera handicapée toute sa vie. 

Rentrée de nouveau à la Martinique en plein régime de Vichy, Paulette NARDAL donne clandestinement et au risque de se faire arrêter, des cours d’anglais à des jeunes martiniquais qui partent pour la dissidence rejoindre la France libre. Elle fonde un mouvement féministe, le Rassemblement Féminin, et crée une revue, « La Femme dans la Cité » tout en ouvrant un nouveau salon littéraire.

Femme de caractère, malgré son infirmité et des douleurs à la jambe toujours lancinantes, Paulette part pour les États–Unis, où elle devient la secrétaire particulière de Ralph BUNCHE, combattant pour les droits civiques aux côtés de Martin Luther KING et Prix Nobel de la Paix en 1950 pour sa médiation réussie dans le conflit Israélo/Arabe entre 1948 et 1949. Ralph BUNCHE fit ensuite nommer Paulette NARDAL à l’ONU, tout juste créée, où elle devint déléguée à la section des territoires autonomes, et où elle restera un an et demi. 

C’est à son retour à la Martinique que Paulette NARDAL fonde la « CHORALE JOIE DE CHANTER » avec l’aide de sa sœur Alice. Tout en continuant à s’investir pour la promotion de la femme, la culture, la littérature ou encore l’histoire, Paulette organise avec sa sœur Alice les commémorations du centième anniversaire de l’abolition de l’esclavage.

Paulette NARDAL est faite Officier des Palmes Académiques et Chevalier de la Légion d’Honneur. Elle recevra également, de son ami Léopold SÉDAR SENGHOR, le titre de Commandeur de l’Ordre National de la République du Sénégal.

L’ancienne place Fénelon, située tout près de l’ancienne maison familiale de la Rue Schœlcher à Fort de France, porte maintenant son nom.

A son retour en Martinique, Paulette s’est installée dans la maison familiale de la rue Schœlcher à Fort de France, où elle retrouve ses sœurs, Jeanne (revenue d’un très court mariage à la Guadeloupe avec le Docteur Joseph ZAMIA), mais aussi Emilie, Lucie et Cécile.

Émilie NARDAL 

Émilie, la cadette de Paulette, femme d’une très grande beauté et musicienne de talent, a épousé Monsieur Victor FORTUNÉ d’origine guyanaise avec qui elle aura deux enfants, Louis et Albany.

Cécile NARDAL 

Cécile, la sixième et avant-dernière des sœurs NARDAL, est l’épouse de Monsieur MARIE–MAGDELEINE avec qui elle a trois enfants, Lucienne, André et Annie.

Cécile NARDAL sera quant à elle infirmière et sage–femme et s’engagera aux côtés des plus démunis, notamment pour lutter contre la mortalité maternelle et infantile. C’est elle qui travaillera aux côtés du Docteur PERRONNETTE, grande figure martiniquaise, à mettre en place un centre d’accueil pour les prostituées et leurs enfants.

Cécile sillonnera la Martinique, infatigable pédagogue, parfois aux côtés de sa fille, Annie RAMIN, qui sera plus tard directrice de l’Hôpital de la Meynard et dont la fille, Manuela RAMIN–OSMUNDSSEN, mariée à un homme politique norvégien, sera la première femme ministre noir d’un gouvernement norvégien en devenant, en 2007, Ministre de l’Enfance et de l’Égalité.

Lucie NARDAL

Lucie, la cinquième des sœurs NARDAL, sera professeur de sciences physiques avant d’être proviseur au Lycée de Jeunes Filles de la Pointe des Nègres, où elle accueillera le Président Charles de GAULLE en visite officielle.

Lucie divorcera très vite de Monsieur Anatole GOUSSARD, commerçant et homme d’affaires martiniquais, dont elle aura deux enfants, Marie–Thérèse (épouse COLLAT), fonctionnaire émérite et récompensée du Ministère de la Jeunesse et des Sports, et Yves, parti très jeune suivre sa scolarité à Paris.

Âgé d’à peine 15 ans et après avoir menti sur son âge, Yves GOUSSARD s’engagera dans la résistance, plus particulièrement dans le réseau Armand Spiritualist, dirigé par le Commandant Charles HILDEVERT. Yves sera ensuite blessé et arrêté avant d’être déporté dans le camp de concentration de Bergen–Belsen où il mourra, un mois avant la libération du camp, de faim, de maltraitance et du typhus, tout comme Anne FRANCK, emprisonnée dans le même camp. Yves GOUSSARD, dont une rue de Fort de France porte aujourd’hui le nom, sera reconnu comme étant le plus jeune résistant de France mort en camp de concentration.

Ensemble, les sœurs NARDAL vont poursuivre l’œuvre sociale de leur mère en reprenant le flambeau dans des institutions telles que l’OUVROIR pour Emilie ou en visitant les prisonniers comme le fera Cécile, qui finira sa carrière comme Chef du Service Santé de la DASS.

Les sœurs NARDAL ont toujours été très liées, au point de vivre ensemble plus tard dans la maison familiale de la rue Schœlcher, qui sera partagée en plusieurs appartements pour chacune.

Ce lien indéfectible qui les unissait leur a permis d’œuvrer ensemble, tant sur le plan culturel que celui du « militantisme noir » ; c’est la raison pour laquelle elles sont plusieurs à avoir porté le projet de la REVUE DU MONDE NOIR, avec Paulette. 

L’Héritage ACHILLE

Louise NARDAL, on s’en souvient, était une demoiselle ACHILLE et a eu deux frères, Louis et Louis-Paterne.Tous les trois sont les enfants de Louis–Thomas ACHILLE, huissier de Justice au Lamentin, et de Louise Elisabeth Merope CHARLES–JULIE.

L’aîné des frères, Philéas Gustave Thomas Louis ACHILLE, fait des études classiques au Lycée de Saint–Pierre à la Martinique, avant de partir poursuivre des études d’anglais et de devenir le premier agrégé de couleur de France.

Louis ACHILLE se marie avec Marguerite Raymonde FERDINAND et le couple aura plusieurs enfants : Louis–Thomas, Albert, Pierre (qui sera à l’origine de la création des Archives de la Côte d’Ivoire), Jeanne, Isabelle (qui sera l’épouse de Léon–Gontran DAMAS pendant quelques années) et Marguerette.

Louis ACHILLE enseigne au Lycée Schœlcher dont il deviendra plus tard le Proviseur. C’est lui qui sera chargé de la préparation des jeunes martiniquais avant leur départ pour la Grande Guerre. Traducteur et interprète, il fut le guide de Théodore ROOSEVELT, 26ème président américain et de son épouse, Edith, lors de leur visite à la Martinique en février 1916.

Très grand sportif, passionné d’athlétisme, c’est lui qui donna son nom à un stade très connu du quartier de Bellevue à Fort de France. Il fit également construire la Maison des Sport à Fort de France, inaugurée en 1934.

Louis ACHILLE sera promu Officier de la Légion d’Honneur et recevra d’autres distinctions telles que la Médaille d’Or de l’Éducation Physique et celle d’Officier du Mérite Sportif, avant de s’éteindre à Nice où il s’était établi avec sa famille après avoir pris sa retraite.

Louis–Thomas ACHILLE

L’un des fils de Louis ACHILLE, Louis–Thomas, occupera une place particulière dans la vie des sœurs NARDAL, ses cousines germaines. Il devient agrégé d’anglais comme son père, après avoir fait Khâgne au Lycée Louis le Grand avec des camarades de promotion tels le romancier et essayiste Paul GUTH, SENGHOR ou encore POMPIDOU.

Louis–Thomas ACHILLE fréquente à son tour régulièrement le Salon de Clamart, et devient l’un des contributeurs de la REVUE DU MONDE NOIR. C’est lui qui publiera plus tard le recueil de l’ensemble des numéros de la revue dont il préfacera l’édition.

Grand ami de Ralph BUNCHE, Louis–Thomas ACHILLE développe également un important réseau de relations avec des personnalités afro–américaines. Il enseigne aux États-Unis, à HOWARD UNIVERSITY à WASHINGTON jusqu’en 1943, puis il intégrera quelques temps l’armée américaine.

Il revient en France et devient professeur agrégé d’anglais au Lycée du Parc à Lyon où il enseigne pour les classes préparatoires. Passionné par la musique sacrée noire américaine, Louis–Thomas ACHILLE crée, en 1948, une chorale d’étudiants, « LE PARK GLEE CLUB » et plus tard, en 1987, alors qu’il est devenu Maître de Cœur, le CENTRE DE DOCUMENTATION SUR LA MUSIQUE SACRÉE AFRO–AMÉRICAINE.

Très actif, il organise en 1966, à Lyon, une conférence avec Martin Luther KING !

Ses fils, Dominique et Jean–Louis, rassemblent aujourd’hui toutes les informations de mémoire sur la famille ACHILLE. Jean–Louis ACHILE est le père de Cécile ACHILLE, soprano, qui vient de terminer le Conservatoire et se destine, tout comme sa cousine Christiane EDA-PIERRE, avec qui elle prend des leçons particulières, à faire une carrière lyrique.

Louis Paterne ACHILLE

L’autre frère de Louise ACHILLE, Louis Paterne Cassius Charles ACHILLE, est un héros de la Grande Guerre. Lieutenant-colonel d’Artillerie Coloniale au Service en Afrique Occidentale Française, Louis Paterne sera d’abord fait Chevalier de la Légion d’Honneur, en 1917, pour faits de bravoure.

Son dossier militaire est très éloquent sur son comportement exemplaire et parle d’un « Excellent officier, d’une activité inlassable et d’une énergie à toute épreuve. A donné à ses hommes en toutes circonstances un bel exemple de bravoure et de mépris du danger ».

Louis Paterne ACHILLE sera fait officier de la Légion d’Honneur en 1933. Il épousera Cécilia OSENAT.

L’HÉRITAGE ACHILLE – NARDAL

Ces deux familles ont laissé un héritage considérable. Non seulement sur le plan social, mais également culturel et aussi sportif. Et que dire de leur contribution à la création et au développement d’un internationalisme noir et d’une véritable conscience noire. En particulier, l’apport des sœurs NARDAL au féminisme et à l’amélioration de la condition de la femme est également énorme.

Dans le parcours de ces femmes et de ces hommes des familles ACHILLE et NARDAL, on retrouve l’élite intellectuelle de leur temps, des présidents, des prix Nobel, des scientifiques, des militaires et résistants, des artistes de renommée. La participation de ces deux familles à l’Histoire est incontestable.

Elles nous montrent que non seulement nous ne sommes pas restés à regarder passer le train de l’Histoire, mais que nous y étions et que, parfois, aux côtés d’autres personnes célèbres, nous avons conduit ce train ! Nous leur devons beaucoup de ce qu’est la Martinique d’aujourd’hui. Mais pas seulement, leur rayonnement a dépassé les frontières.

Travail, persévérance, fierté, confiance en soi mais aussi altruisme et don de soi, sont les vertus qui ont jalonné ces parcours d’excellence.

Extrait de la Conférence donnée par Madame Catherine MARCELINE

Pour l’Association TOUS CREOLES, le 5 novembre 2015

À la Mairie de Schœlcher

 

 

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