Joseph JOS, un Valeureux Martiniquais

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Il y a peu, le 14 juillet 2014, notre compatriote Joseph JOS a été promu Officier de la Légion d’Honneur par le Président de la République.

Déjà titulaire de la Médaille d’Honneur régionale du Sport, Commandeur de l’Ordre des Palmes Académiques et Président d’Honneur de la Section Martinique, Chevalier de l’Ordre National du Mérite, cette promotion dans la plus haute distinction nationale lui renouvela l’expression de la reconnaissance républicaine. Une reconnaissance qu’éprouva à l’égal sûrement de toute sa terre natale, notre Association « Tous Créoles ! » à laquelle il décida d’appartenir et de partager les valeurs. Emérite et pluri-récipiendaire, son attachante et éminente figure rejoint celle de prestigieux compatriotes, exemples et références.

Sa brillante carrière en est l’illustration. Au commencement, en 1954, à 17 ans, il est l’aîné et l’éclaireur d’une nombreuse et solide fratrie attachée à l’Ecole Laïque. « Dodé », son petit nom affectueusement familial et amical est notre condisciple radieux pour qui l’ostensible et lourd Gaffiot, l’outil inséparable des latinistes rivalisait avec le populaire et conquérant ballon de foot. En effet, au stade foyalais et prisé de DESCLIEUX, sociétaire junior du réputé Golden Star, il avait l’art de le « contrôler », de le passer, de le distribuer, de le « dépailler » aussi talentueusement que de glorieux aînés DIB, CANCEL, Gabou YANG-TING, épigones locaux et inspirés des magiciens d’alors KOPA, BEN BAREK, DI STEFANO et autres PELE…

Cette année-là donc, à 17 ans, son baccalauréat de lettres classiques clôture avec brio sa scolarité au sein de l’emblématique et encore jeune Lycée SCHOELCHER.

Voici ouvert l’avenir.

Le célèbre lycée parisien Janson de Sailly l’accueille dans ses classes préparatoires Hypokhâgne et Khâgne.

Deux ans après, en 1956, c’est la Sorbonne. Ses études de lettres classiques lui ouvrent le Professorat. Dans ses carnets, figurent les noms de prédestinés.

A Paris, JOS…PIN Lionel, membre de sa chorale de Janson, DEBRE Jean-Louis, son élève sérieux mais inattentif parfois à l’orthographe ; en Guadeloupe, où il enseigne en qualité de V.A.T. (volontaire à l’aide technique), c’est PAU-LANGEVIN George, future ministre, et CEZARD Gérard, producteur audio-visuel.

La Guadeloupe sera son second berceau, celui de l’ouverture hispano-américaine avec l’introduction et le développement de la langue française en Amérique Latine, notamment en Colombie.

Ne faut-il pas y voir, de 1969 à 1974 une justification de sa hiérarchie dans son affectation diplomatique à PANAMA en qualité de Conseiller Culturel près l’Ambassade de France ! C’est là que naîtra et se développera ce grand dessein que constituera l’ardente et nécessaire remémoration du voyage sans retour de ces milliers de Guadeloupéens et de Martiniquais ensevelis, hélas, « dans les grands cimetières sous la lune » du PANAMA.

De 1974 à 1976, le voici en mission à la Martinique dans le cadre de l’implantation du Rectorat de la neuve académie des Antilles et de la Guyane.

En 1976, la diplomatie culturelle le rappelle ; il est affecté au Brésil en qualité de Conseiller Culturel à SAO PAULO, capitale de la province de PARANA.

En 1981, c’est le retour au Pays Natal, d’abord près les Recteurs, autorités régaliennes, puis à la tête d’établissements scolaires du second degré, toutes nominations et responsabilités assurées avec méthode, compétence et dévouement.

Donc une carrière ouverte et réussie qui révéla et valorisera une exigence personnelle et un labeur continu, un sens créateur et fédérateur, un goût marqué et généreux de la relation et de la vie associative, toutes dispositions nécessaires à une heureuse camaraderie de l’esprit.

Retraité, il continuera à s’affirmer en homme libre, doté de cette « intelligence intelligente » que Albert CAMUS, Prix Nobel de littérature, opposait en Suède en 1957 à « L’intelligence bête », en Homme de culture dans son empan noble qui relie et associe connaissance de soi à celle égale de l’autre.

C’est le Frère, le Père, le Grand père affectueux et attentionné, c’est le « florentin » authentiquement créole, familier de Césaire, Neruda et Perse, arc-bouté et lucide au sein d’une intelligentsia locale parfois si absurdement trouble et troublée.

C’est le Citoyen sociétaire d’un Tout-Monde aux murs qui tombent, homme de culture et de création, dans une éloquente esthétique de l’action et une didactique constante, patiente et apaisée de « guidance » riche d’enseignements et de réflexions. Ainsi il continuait d’arpenter, d’ausculter, d’explorer et d’éclairer des voies dont celles de nous-mêmes : l’Ecole, pain des gens sans terre, l’Histoire et la Mémoire, l’Art dans sa pluralité, la Littérature et la Poésie dans leur diversalité, le Sport qui rassemble et élève, l’Association lieu de solidarités, autant de champs défrichés à travers une production foisonnante et accessible facilement.

Comment oublier le compagnon de route de l’association « Tous Créoles ! », engagé dans une profonde réflexion sur le sens de la créolité, et ardent promoteur de la réactualisation du terme Créole dans les dictionnaires d’aujourd’hui.

Hélas, le mal, d’abord pernicieux, impitoyable s’empara de lui.

Avec lucidité, dignité et courage, avec également les forces de l’esprit, il l’affronta dans un face à face silencieux et tragique.

Ami tu nous as quittés. Adieu, Dodé. Au sein du Conseil d’Administration de l’Association « Tous Créoles ! » ton souvenir vivra aux côtés des grands amis disparus…

Nos sincères condoléances à tous les tiens.

L’ami Edouard ANCET, Vice-Président de l’Association « Tous créoles ! »

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